mercredi 1 juin 2016

Juin approche. Et la chaleur?

Iqaluit à 23 h, dernier jour de mai. Même à 3 h de la nuit, une lueur éclaire la ville.

Quinze enfants,
dans le fossé,
juste à côté de ma maison,
les mitaines dégoulinantes,
tentent de faire flotter des bateaux artisanaux et quelques brindilles.
La chaleur approche, un peu : la neige fond, lentement.
Quinze enfants jouent dehors à deux pas de chez moi.
Quinze.

Ils sortent d’où, tous ces enfants iqalummiut?
Ma dernière randonnée en ski de l'année, mai 2016
C'est peut-être parce que le Nunavut enregistre le plus haut taux de natalité au Canada (3,3 enfants par femme, contre 1,7 comme moyenne nationale. Statistique Canada, 2009)
ou parce qu'un règlement municipal interdit de clôturer son terrain privé...
les enfants sont partout!
Partout.
Et c'est tant mieux.

L'été est dans l'air.
Je me corrige, pas tout à fait "l'été",
car, sur la mer, la glace résiste encore au temps doux (à la grande joie des amateurs de plein air et de chasse).
Cependant, les enfants,
eux,
ressentent les changements de saison
et les vivent à fond.

Le soir, après le souper et les devoirs, les terrains de jeux sont plus grouillants de vie que jamais. C'est peut-être la faute à la clarté de l'été, qui ne donne jamais envie d'aller se coucher. Ou peut-être que les fesses des écoliers n'en peuvent juste plus d'être clouées aux bancs d'école et que tous attendent avec impatience les vacances. Une seule chose de certaine : les bottes de caoutchouc dans les flaques, les enfants ne sont jamais aussi heureux qu'à la fonte des neiges.

Lequel de ces quinze "morveux" a osé raconter des histoires de Mahahaa (légende inuite) à un de mes enfants et lui faire faire des cauchemars? Devinez c'est qui mon(ma) peureux(se)?

Affiche sur le babillard, à l'épicerie, vraiment amusante... mes enfants l'adorent. Traduction: SVP, ne jetez pas vos mégots de cigarette au sol. Les corbeaux les ramassent pour fumer et nous voudrions qu'ils arrêtent. Alors, ne jetez rien par terre!

 

mercredi 18 mai 2016

Mon fils aîné était présent à mon accouchement

Croquis ďAndréann Larouche pour le livre "Ma mère, c'est la plus forte".


Vos enfants dormaient-ils chez vous lorsque vous avez accouché?

Si cette idée peut paraître étrange, voire marginale, certaines cultures n'ont pas toujours eu ce tabou. « En effet, Mead (1928) a observé qu'aux îles Samoa, en Polynésie, les enfants avaient accès à la sexualité (…) par exemple, voir une naissance ». (Drapeau et Cloutier, 2008: 28)



Voir sa maman accoucher
Est-ce que, pour MA famille, un accouchement familial est une option?

Personnellement, avant d'être mère, je ne m'étais jamais vraiment positionnée sur la question. Je ne voyais pas le besoin d'avoir des enfants près de soi lorsqu'on crie notre vie, couchée sur le dos; ni d'opposition à celles qui s'y sentent à l'aise. Mais, accoucher, ce n'est pas « crier »! Encore moins s'aliter! Qui a dit que c'était ÇA, accoucher?! Pourquoi faudrait-il que maman « souffre » en accouchant?  C'est faux! Accoucher, c'est fort, INTENSE, grand et merveilleux, aussi. Il y a autant de façons d'accoucher que de femmes! Et comme faire l'amour, accoucher, ça peut être intime et merveilleux!



Mon fils aîné a été présent à mon accouchement
Enceinte de bébé numéro 2, ça m'est passé par la tête, une réflexion, une fois, que mon grand de 2 ans 1/2, s'il voyait le bébé sortir, comprendrait tout. Qu'accoucher calmement était à ma portée! J'avais l'impression que tout serait tellement plus simple si j'accouchais à domicile, avec mon enfant, parce que celui-ci n'avait jamais dormi ailleurs, dans cette nouvelle ville sans parenté à proximité et avec comme amitié des mamans déjà bien occupées par leurs propres enfants. Mais aussi, parce qu'on avait regardé « Orgasmic Birth » et que de voir des naissances dans l'eau, sur des ballons d'accouchement ou dans une cuisine, n'a rien de traumatisant – même si, en général, « comme tous des mammifères, la femme s'isole, se cache pour donner naissance. » (Odent, 1990)



Un livre pour expliquer et rassurer
La poupée accoucheuse que j'ai tricoté pour mes enfants.

J'ai illustré, très maladroitement, un petit livre pour expliquer tout cela à mon fils. Des mots simples, des exemples à sa portée et le principe de base de l'accouchement physiologique (Buckley, 2008) : « Ne dérange pas maman, il faut réduire l'adrénaline lors d'un accouchant. » – Heureusement, quelque temps plus tard, j'ai rencontré Andréann Larouche qui m'a proposé d'illustrer cet album jeunesse, mes croquis ont ainsi été rangés au placard afin de publier un "vrai" livre.


Prêt ou pas prêt?
Certaines familles, certains enfants, certains grands, sont prêts à vivre un accouchement familial, chaque famille est unique. Personnellement, j'ai ressenti que mon bambin avait tout compris lorsqu'on m'a prêté le film « Guerilla Midwife »: le film débute avec un éclairage tamisé, une femme dans son bain, des bougies, des fleurs qui flottent sur l'eau, la femme semble dormir, se reposer, se laisser bercer par son rêve... mon fils dit alors: « le bébé va naître. »


Et voilà, un bout de mon histoire…
La version finale du livre, publié de manière indépendante en 2014.

En cette semaine mondiale de l'accouchement respecté, je vous offre la version électronique de mon livre gratuitement, car j'aimerais que les enfants et les grands de partout sachent qu'accoucher, c'est important. Tant sur le plan physique, psychologique et émotionnel, ça nous marque, ça nous transforme, c'est fort, accoucher, et ça mérite le respect. Pour obtenir votre exemplaire électronique gratuit, inscrivez-vous mon blogue www.cynthiadurand.ca ou envoyez-moi un message cyn.durand@gmail.com.
Au plaisir!

Cynthia!



Cliquez ICI pour des idées familiales en attendant bébé.



Le saviez-vous? La plupart des accompagnantes à la naissance (doulas) offrent des services « d'accompagnement à la fratrie ». Elles sont spécialisées pour répondre à leurs questions, leur expliquer la naissance, les rassurer, être présentes pour les enfants lors de l'accouchement...

Références :



BUCLEY, Sarah J. 2008. Gentle Birth, Gentle Mothering, Celestial Arts.
DURAND, Cynthia. 2014. Ma mère, c'est la plus forte, indépendant cyn.durand@gmail.com, Iqaluit.
ODENT, Michel. 1990. Naître et renaître dans l'eau, Presse Pocket, Paris.
CLOUTIER, Richard et DRAPEAU Sylvie. 2008. Psychologie de l'adolescence, 3e édition, Gaëtan Morin Éditeur – Chenelière Éducation, Montréal.



DVD
Guerilla Midwife. 2004. un film de Déjà Bernhardt, Bali
Orgasmic Birth : The Best-Keep Secret. 2009. un film de Debra Pascali-Bonaro



mercredi 11 mai 2016

(Pré) léminaire

Cette photo est vraiment précieuse. Merci de respecter la Loi sur les droits d'auteur et de toujours citer la provenance d'une image ou d'un texte que vous partagez. 

Je suis retombée par hasard sur un grand moment de ma vie... il y a plus de quatre ans, déjà...

Une nouvelle vague. Une vague à laisser couler en moi, comme celle qui atteint doucement le rivage. Je fais de mon mieux pour rendre agréables toutes sensations physiques : je pense à l'eau.


Fin de la vague. Silence pur et simple. Seul l'éclat de la lune et quelques bougies illumine la pièce. Dans ma maison calme et vide, je me suis rendormie.


Une autre vague. Trop intense, celle-là. J’ai agrippé le lit, j’ai vocalisé une douce berceuse, je murmurais « sors bébé, sors. » J’ai compris à ce moment-là pourquoi on demande parfois des analgésiques pour soulager le travail, et j’ai pensé à mes deux amies qui ont récemment eu des bébés avec la confiance en leur force de femme plutôt qu’aux drogues. J’ai compris que cette intensité est dure à accepter, c’est pour ça qu’on veut la fuir. Mais, est-ce parce qu’on peut, qu’on doit? Cette intensité, c’est la vie qu’on tiendra dans nos bras dans quelques secondes. La vie, belle, forte et puissante. Ce que j'aurais aimé, à ce moment-là, c'est une personne à qui donner la main; mais j'étais seule. J’ai parlé à mon bébé. Il n’y avait que lui et moi pour faire ce travail.

Fin de la vague. Comme je me sens bien, belle, forte, puissante, je me rendors.

Vague. Respirer, m'ouvrir, respirer, m'ouvrir. Ce sont les seuls mots que j'avais en tête. Puis cette image de mon utérus, de ces millions de fibres musculaires qui se serrent de tous côtés. J'avais lu quelque part que cette phase d’intensité vient juste avant le grand moment, j'ai fermé les yeux.

Fin de la vague. J’ai mis mes doigts dans mon vagin, j’ai touché la tête de mon bébé, il était tout près, prêt à quitter son nid, exactement comme la nature l’avait prévue. Je lui répétais « sors bébé, sors. » Mon vagin s’ouvrait comme une fleur. Mon bébé était presque là, je suis retournée dans le bain.
Vague. J’ai poussé une première fois et senti un grand soulagement, le bébé était un peu plus bas. L’eau chaude était agréable. Plock, ma poche des eaux a cédé d’un coup dans le bain.
Fin de la vague.
Vague. Je me suis laissé aller complètement à ce moment, ce fut la douce sensation de détente complète lorsqu’il me fait l’amour, les hormones de l'orgasme, mon vagin qui est de la parfaite taille pour cette petite tête.
Fin de la vague.
Vague. Je n'avais qu'envie de pousser, de pousser plus fort. J'ai accoté mon pied sur le côté du bain pour avoir toute ma force, et doucement, la tête était là. Vague. Je me suis tournée à quatre pattes, et ce fut la poussée finale, une grande finale. J’ai serré mon bébé contre ma poitrine, il était tout rose, je l’ai massé vigoureusement pour entendre son premier cri.

« J’ai appris que les êtres humains sont des mammifères. Tous les mammifères se cachent, s’isolent pour mettre au monde leur progéniture. Ils ont besoin d’intimité. Il en est de même pour les êtres humains. Il faut constamment se référer à ce besoin d’intimité ». Michel Odent

samedi 23 avril 2016

Je pense à vous



Mes chers amis et familles du Sud…

Depuis mercredi dernier, je suis quelque peu nostalgique. Je vous explique : j'avais une soirée entre amies, ici à Iqaluit. Avant de m'y rendre, j'ai contacté ma sœur jumelle dans le Sud, et ses amies étaient rassemblées chez elle, pour une soirée de filles similaires. Le problème, c'est que, ses amies, au fil du temps et des partages, sont devenues les miennes, aussi. Et j'ai eu le coeur gros de ne pas être avec vous, ce soir-là, dans le Bas-du-Fleuve, pour échanger, rire, pleurer, chanter, et rire encore.

Le problème, c'est que, le Nord, même si aucun arbre n'y pousse, s'enracine au fond de notre coeur. J'aime les gens avec qui je parle de couture et de chasse. J'aime la richesse du partage des cultures, les concours de construction d'igloo et de dépeçage de phoques. J'aime aller vendre les bouteilles vides en motoneige. J'aime vivre dans cette ville sans centre d'achat ni McDonald. Ni autoroute ni train. Ni stress ni presse.

Et dans cette capitale nordique où tout est à proximité, je suis tellement heureuse, car il va de soi que mes enfants et mon conjoint viennent dîner à la maison en semaine et qu'un deuxième véhicule serait superflu. Et on invite nos amis dans notre salon au lieu de sortir. Et on colle notre famille autour d'un bon film au lieu de sortir. Et on coud un manteau neuf au plus grand qui ne cesse de pousser au lieu de sortir. Et simplement, on devient ami avec le silence.

J'aime les enfants du voisin qui vide mon sac de pommes après l'école. J'aime les enfants au château de neige qui donne la main de ma fille lorsqu'elle tombe. J'aime les enfants qui sont au chaud dans l'amauti de leur maman et sourient. J'aime les enfants qui viennent me chercher pour que je danse avec eux au spectacle d'Élisapie Isaac. J'aime les enfants qui sont partout. Partout les bienvenus.

Et j'aime la neige d'avril. Celle qui entraîne une fermeture d'école toutes les semaines et la fermeture de la ville, aussi. Cette neige qui nous donne accès au territoire entier, aux lacs, à la mer, à la toundra, durant la longue saison de froid. Celle qui permet aux enfants de jouer à la guerre des tuques et de faire des buts de hockey dans la ruelle.

Malgré tout, même si j'adore ses aurores boréales et son froid rafraîchissant, quand vous me dites comme c'est doux, la verdure de Boucherville ou de Rimouski, mon coeur craque, car « chez moi », c'est encore mon Québec natal, et il me vient des moments où j'aimerais être près de vous et que j'aimerais entendre mes enfants rire dans les bras de leurs grands-parents près de la Métropole québécoise. Sachez que je pense à vous, amis et famille. Que j'y pense tout le temps. Même avec les 2000 km de vol d'oiseau qui nous séparent, je pense à vous. Pardonnez-moi de ne pas écrire plus souvent, d'être avare de mes belles photos, de ne pas passer plus de temps au Sud. Pardonnez-moi.

Il parait qu'on donne des racines et des ailles, à nos enfants. Et, ce sont des racines fortes, qui nous amènent à nous envoler, plus haut, plus loin.

On se voit bientôt. Je pense à vous.
Love.
Cynthia xx

dimanche 10 avril 2016

Un blizzard par semaine

Un blizzard par semaine, depuis plus d'un mois, ça fait une bonne moyenne.
Bon bin, on va rentrer chez nous et économiser l'eau!

"April 10, 2016 - 12:05 P.m.
On behalf of the City of Iqaluit:

Public Service Announcement
For immediate release

Municipal services suspended

(Iqaluit, Nunavut) – The City of Iqaluit would like to advise residents that the city is suspending all municipal services until further notice, due to severe weather conditions.
Fire, ambulance and police services will be provided unless it is deemed unsafe and/or impossible to do so; delays can be expected.
Citizens are advised to stay off the roads due to reduced visibility, high winds and unsafe road conditions.

If you are not currently home, we highly recommend you go home and remain there until the severe weather conditions we are currently experiencing return to normal.
Owners of vehicles left on the road and impeding traffic during the snow-clearing operation can be fined and have their vehicles removed and impounded under local and territorial legislation. The City will not be responsible for any property damage in these circumstances.

Citizens on trucked services are asked to reduce their water consumption and waste water output.
For updates regarding the status of municipal services, please call the blizzard line at 979-5300.
This Public Service Announcement remains in effect until further notice."


 - Iqaluit Public Service Annoncement, Facebook.









et

Alertes pour : Iqaluit

Alertes/avertissements

13h35 HAR le mercredi 20 avril 2016
Avertissement de blizzard en vigueur pour :
  • Iqaluit
Il y a ou il y aura du blizzard avec des vents soufflant en rafales et une période continue où la visibilité sera presque nulle sous la neige et dans la poudrerie.

Une forte dépression s'est déplacée sur le sud de l'île de Baffin aujourd'hui et a généré de dangereuses conditions de blizzard sur le secteur.

À Iqaluit et à Kimmirut, de la forte neige et des vents forts du sud-est avec rafales à 90 km/h réduisent la visibilité à nulle. À Pangnirtung, les conditions se détériorent rapidement tôt ce soir avec des vents d'est qui devraient souffler en rafales à 110 km/h et la neige qui se déplace sur la ville. Les conditions s'amélioreront graduellement au cours de la nuit à Iqaluit et à Kimmirut et jeudi matin à Pangnirtung.

À Cape Dorset, la visibilité s'est généralement améliorée pour la soirée. Toutefois, à mesure que le système se déplacera vers le nord sur le bassin Foxe jeudi matin, les vents du nord-ouest se renforceront à 60 km/h avec rafales à 80 km/h et le blizzard recommencera. Ce second épisode de blizzard à Cape Dorset cessera finalement tôt vendredi.

On prévoit des accumulations totales de 10 à 20 cm de neige sur l'ensemble du sud de l'île de Baffin d'ici la fin de la journée de jeudi.
On peut s'attendre à des conditions routières extrêmement dangereuses en raison d'une mauvaise visibilité généralisée. Les déplacements à l'extérieur ne sont pas recommandés. Si vous devez prendre la route, informez quelqu'un de votre horaire et de votre destination, et apportez une trousse d'urgence et un téléphone cellulaire. Si vous êtes perdu, demeurez où vous êtes jusqu'à ce que le blizzard se dissipe. Évitez les activités à l'extérieur.

Un avertissement de blizzard est émis lorsque l'on prévoit que les vents produiront de la poudrerie réduisant la visibilité à 400 mètres ou moins de façon généralisée durant au moins 6 heures.

Environnement Canada.
https://meteo.gc.ca/warning/report_f.html?nu13#1928227341118072185201604190501ww1676cwnt

jeudi 31 mars 2016

Pourquoi la tire d’érable goûte-t-elle toujours meilleure dans la toundra?



C’était le congé de Pâques. C’était l’idée à Juanee. C’était une belle journée ensolleillée.

Iqaluit, pas Iqaluit, quand tu as le gène Québécois, même au cœur de l’Arctique, le doux printemps te donne envie de célébrer le temps des sucres. On y a bien pensé, à une promenade dans l’érablière la plus près... mais au bout de quelques heures sans feuilles, sans arbres, nous avons, contre toutes attentes, installé des collets à lièvres sur des traces fraiches, question de ne pas rentrer bredouille.

Heureusement que la fille de la campagne apporte toujours une conserve de sirop d’érable dans son sac à dos. Et un ouvre-canne. Et un brûleur au gaz compact. Alors, l’air autour de nous, puis l’île de Baffin tout entière, s’est embaumée du doux parfum de l’eau d’érable qui s’évapore et les amis se sont mis de la partie pour bâtir la première cabane à sucre du Nunavut. Au détour de nos 5 pièges à lapins, nous en avions attrapé six! Les enfants ont attrapé une énorme dinde… en chocolat, pour le souper. Nous avons dégusté notre festin de soupe aux pois, de bines, de ragoût de boulettes de r’nard, de tourtière et d’omelette avec du sirop d’érable. Il faisait tellement chaud que la glace sur la mer commençait à fondre et il fallait penser à rentrer en ville avant que les aurores boréales remplissant le firmament nous atteignent. La tire sur la neige n’a jamais été si bonne que cet après-midi-là dans la toundra. Pourquoi? Parce que nous l’avons fait bouillir avec amour.

mercredi 23 mars 2016

Jour de blizzard à Iqaluit


Un blizzard est souvent précédé de quelques jours de temps doux.


Après la grande noirceur, le froid irréel de l'hiver arctique et la douceur de ses aurores boréales, la nature – sila – a décidé d'exprimer une autre de ses forces : un mélange de vents déchainés et de neige qui ne trouve repos sur nulle surface. C'est un blizzard – Piqsiqtuq .


La Ville a un rôle central lors de ces tempêtes, elle prend la responsabilité de « fermer ».
Fermer quoi? Tout.

Les bureaux, les services, les routes… et les autres organisations, les écoles, les garderies, le gouvernement (et dans une capitale, la portion de citoyens qui y travaillent est quand même impressionnante!) suivent et renvoient leurs employés chez eux.

Avec la mer et la non-présence d'arbre, le vent a le beau jeu à Iqaluit.
Lorsque la mairesse publie son « PSA -Public Service Announcement », sur Facebook, pour annoncer que la ville est fermée, conduire sur la voie publique devient « à vos propres risques » et même les taxis rentrent à leur base. Toutes les maisons qui dépendent de la livraison d'eau potable des camions-citernes municipaux passent au mode « économie ». On se nourrit avec le contenu actuel du frigo, car épiceries, dépanneurs et restaurants ferment également.Tous hibernent, le temps d'un blizzard, une journée ou deux, pas plus, chacun espère.

Lors de ces vents fous – par exemple, 110 à 140 km/h que j'ai noté dans mon journal, relevé sur le site d'Environnement Canada le 7 janvier 2014 – mêlés à de la poudrerie offrant une visibilité nulle sur toute la capitale nunavummiute, les pannes d'électricité sont fréquentes et les dommages aux infrastructures aussi. Les poubelles volent, les gens s'enferment, les voitures téméraires s'entassent dans les fossés. Une merveille continue de me fasciner : lorsque le blizzard commence, les énormes corbeaux, heureux, planent et s'amusent dans le vent.



Début du dernier blizzard : un corbeau en vol plané.

lundi 7 mars 2016

Bassin ou vagin?


Une page du livre "Ma mère, c'est la plus forte - une histoire sur la naissance" disponible sur amazon.ca


« Pourquoi, dans le livre Ma mère, c'est la plus forte, dire aux enfants que le bébé descend par le « bassin », plutôt qu'honnêtement utiliser le mot « vagin »? »
                                                            – Emmanuelle, mère de cinq enfants



Bassin ou Vagin? Trois arguments
par Cynthia Durand



1. Car le bassin est une structure extraordinaire

« Un bassin trop étroit », voilà une réponse des plus populaires pour expliquer les césariennes de nos mères, voilà aussi une peur se transmet et persiste. Or, le bassin est une structure merveilleuse! Il s'agit d'un ensemble d'os mobile, articulé. Lors de l'accouchement, grâce aux relaxines et à certaines positions, le bassin peut s'ouvrir jusqu'à 20% de plus qu'à la normale. (Sears, 2001) Et le bébé qui, tête première, tourne, comme une ballerine, dans les angles exacts pour profiter de la largeur maximale du bassin selon chaque stade de l'accouchement, c'est merveilleux! Il fallait partager avec les enfants le génie du corps de la femme!


2. Car l'album ne possède que 32 pages

Une page du livre "Ma mère, c'est la plus forte"
J'y ai bien pensé, parler du vagin qui s'étire à la perfection pour le petit corps qui s'y glisse... comme lorsqu'on enfile un chandail à col roulé, ou une chaussette. J'ai même fait le croquis d'un petit vers de terre qui descend dans son tunnel, qui se creuse un chemin de la taille exacte pour celui-ci. J'ai aussi voulu parler du crâne du bébé, en os non soudés, qui se compacte en passant dans le « tunnel » pour s'ajuster au corps de sa mère. Et de l'utérus dont les tissus s'ouvrent dans le bas pour créer un fond utérin puissant qui pousse le bébé avec force et précision. Et de la tête qui couronne, re-entre, couronne, re-entre, couronne, re-entre afin que le vagin s'ouvre doucement et ne déchire pas. Et du vernix, ce merveilleux lubrifiant. Etc. Etc. Etc.
Il fallait choisir, puisque Ma mère, c'est la plus forte ne possède que 32 pages, quelques analogies qui donneraient confiance à la génération grandissante. 
 

3. Pour les enseignants et les éducateurs

J'ai choisi de parler du « bassin », car je souhaitais que mon livre puisse être lu dans les écoles comme dans les centres de la petite enfance. Je savais qu'en utilisant le mot « vagin », cela devenait plus délicat pour le personnel, qui se soucie de certains parents qui peuvent réagir fortement à certains tabous. Bonne nouvelle: plusieurs écoles possèdent ce livre et j'ai même fait une conférence dans une classe de premier cycle!


Parlez-leur du vagin

Enfin, n'hésitez pas, si un enfant vous pose une question sur le vagin, vous qui avez déjà désamorcé un grand tabou de la vie en abordant la naissance, à l'écouter et à répondre à ses questions.


Cynthia!

Vous avez d'autres questions? N'hésitez pas à me les soumettre en commentaire et j'y répondrai avec plaisir!

N'oubliez pas de participer à notre concours qui prend fin le Jour de la femme, à minuit. 
9 prix, 9 gagnantes!  


BRABANT, Isabelle, Une naissance heureuse, Fides, 20013
BUCKLEY, Sarah. Gentle Birth, Gentle Mothering
GASKIN, Ina May. Spiritual Midwifery
SEARS, William, The Baby Book, The Sears Librairy, 2001

 

mardi 1 mars 2016

Je suis féministe


Ces jours-ci, on parle beaucoup de « féminisme » dans les médias. Je crois qu'on est souvent peu informé sur la question. C'est pourquoi j'avais envie de partager avec vous quelques extraits d'un de mes récents travaux d'université : souhaiter l'égalité homme femme en matière d'emploi, est-ce utopique? (par Cynthia Durand, 2015)


Il est assez commun d'entendre :
« Pourquoi les organisations féministes revendiquent-elles encore par rapport à l'égalité des femmes? Les femmes peuvent choisir le métier qu'elles veulent, il me semble que l'équité est faite! »

Or, il s’agit de consulter quelques statistiques pour se rendre compte
que l'égalité homme femme est loin d'être atteinte :

Les femmes
  • ont de moins bons salaires (0,84$ pour 1$ gagné par un homme),
  • sont surreprésenté dans les travaux atypiques (ex : horaire rotatif dans les emplois de services),
  • sont plus touchées par la précarité d'emploi,
  • occupe plus souvent des postes à temps partiel involontaire et
  • sont généralement le parent le plus impliqué dans les responsabilités familiales. 
    (Tremblay, 2009)

Souhaiter l'égalité homme femme en matière d'emploi est-il utopique? Voici quelques politiques exemplaires mises en place dans certains pays afin de favoriser une certaine équité.


La Finlande
« En Finlande, un parent a droit de travailler à temps partiel pour s'occuper d'un enfant jusqu'à l'âge
scolaire. » (Math et Meilland, 2004 : 19) Contrairement à ici où le travail à temps partiel est souvent
involontaire et que les employeurs sont peu accommodants, en Finlande, une loi a été votée que tout
employé peut faire une demande à son employeur et a le droit de se prévaloir de ce type d'arrangement pour prendre soin de ses enfants.

La Norvège
En Norvège, un système de compte-épargne temps permet aux parents de travailler à temps partiel pour un temps donné tout en ayant leur plein salaire grâce à des heures mises en banque. (Math et Meilland, 2004)

Le Danemark
Au Danemark, le congé parental de 12 mois peut être pris jusqu’à la neuvième année de l’enfant, peut
être fractionné et est accessible à tous parents (les salariés, les indépendants, les épouses qui assistent
leurs partenaires indépendants, les personnes au chômage et les bénéficiaires de l’assistance sociale.
(Meilland, 2001 : 4)

La Suède 
Le mot « flexibilité » est une caractéristique importante de leurs mesures familiales. Puisque chaque famille est unique, le congé parental offre plusieurs possibilités : « les 480 jours du congé, dont 60 réservés à chacun des parents, peuvent se répartir entre les parents jusqu'aux huit ans de l'enfant, par fraction pouvant aller jusqu'au 8e par jour. » (Math et Meilland, 2004 : 16) Ce concept de « fraction pouvant aller jusqu'au 8e par jour » signifie que le parent peut prendre jusqu'à 1 heure par jour de son congé, c'est-à-dire que le parent peut travailler à temps partiel de manière volontaire tout en ayant le supplément de salaire offert par un congé parental selon le nombre d'heures.

Une lutte féministe
Ce sont les femmes qui ont contribué à l'égalité des sexes partout sur la planète, depuis de nombreuses années. Ces revendications, comme l'écrit Lysane Grégoire dans une revue féministe qui revendique le libre-choix des femmes quant à leur accouchement,

c'est une « lutte semblable à celles de l'obtention du droit de vote ou du droit à l'avortement. Une démarche féministe qui fait face à des résistances non seulement du pouvoir patriarcal, mais qui doit aussi cheminer à travers l'indifférence de bon nombre de femmes qui ne voient tout simplement pas l'utilité de remettre en cause la médicalisation de l'accouchement… comme ces femmes dans les années 40 qui ne savaient qui faire d'un droit de vote. » (Grégoire, 2015)

Le conflit de l'égalité des sexes est donc une cause féministe et les mentalités doivent
changer pour qu'un changement réel s'opère. Si nous revenons à l'emploi, les femmes doivent
pouvoir choisir, même avec de jeunes enfants à leur charge, si elles veulent travailler ou prendre soin
de ceux-ci ou trouver un juste milieu avec un aménagement de temps de travail qui fonctionne avec son plan de carrière et de famille. L’évolution des mentalités passe encore par une reconnaissance de la nécessité d’égalité au plan national et par des politiques anti-discriminations pour les femmes.



Bibliographie

GRÉGOIRE, Lysane (2015), MAMANzine Volume 19, Numéro 1, octobre 2015. Éditorial de Lysane
Grégoire. Laval : Groupe MAMAN. p.3.

MATH A. et MEILLAND C. (2004) Un état des lieux des congés destinés aux parents dans vingt pays
européens. Revue de l'IRES No. 46. p.113-136.

MEILLAND Christèle (2001) Danemark – L'égalité hommes-femmes sur le marché du travail mise à
mal par les congés parentaux. Chroniques internationales de l'IRES no.71 – juillet 2001. p. 3-10.

TREMBLAY, Diane-Gabrielle (2009). Développement économique et emploi – les enjeux et les
politiques. Québec : Presses de l’Université du Québec.

TREMBLAY, Diane-Gabrielle (2009a). L’éclatement de l’emploi. Québec : Presses de l’Université du
Québec.

WIERINK Marie. (2001) Pays Bas - Temps de travail : le droit de choisir. Chroniques internationales
de l'IRES no.63 – mars 2000. p.13-29.

dimanche 21 février 2016

Ma première paire de ski de fond


J'ai reçu ma première paire de skis de fond NEUFS (j'ai longtemps hérité de celles usagées de la famille élargie), je devais avoir dix ans. J'habitais un quartier modeste de Montréal et après être rentrée à la maison déposer mes devoirs, je retournais faire le tour de la cour d'école... sur mes deux skis!

Aujourd'hui, ce sont mes enfants qui tentent, tant bien que mal, de rester debout avec leur équipement d'hiver. Une mini-expédition, pour le plaisir de sortir profiter de l'hiver bien doux (aujourd'hui, en tout cas). Interlude à un des Tim Horton le plus nordique au monde pour un chocolat chaud bien mérité et un enfant plus motivé que jamais:
"Maman! sS je continue à faire du ski comme ça, tu vas pouvoir m'inscrire aux Olympiques!"


jeudi 11 février 2016

Correspondance Iqaluit-Boucherville

Illustration de Gabrielle Grimard dans la version pour enfants du livre "Les bas rouges du pensionnat", un livre que je recommande à tous pour bien saisir la réalité des "écoles pensionnaires autochtones". Merci mon amie!!!



Chère Kunguq (Oie des neiges),

J'ai reçu ta lettre samedi dernier et elle m'a vraiment fait chaud au coeur (il faut dire que le mercure indiquait -30 cette journée-là, -45 de température ressentie). Merci beaucoup pour la superbe surprise!!!

Je voulais t'appeler et t'écrire aussi, te dire à quel point j'ai hâte de venir prendre un café avec toi (probablement dans 6 mois)... malgré mes bonnes intentions, la routine a repris le dessus et la semaine m'a filée entre les doigts. Alors, ce soir, avant d'aller au lit, je prends le temps.

Prendre le temps... de donner signe de vie. Alors, voici :
  • Bricolage d'enfants: des véhicules de la Patpatrouille.
    Petit Nanuq grimpe dans les tiroirs et traverse le salon debout!!! Il dit des semblants de premiers mots : dedans, encore, maman, tata et bière (il est bien recevant avec la visite).
  • Boucle d'Or chante des grandes chansons apprises à l'école : Ulu-uluriaq et Au clair de la lune j'ai pété dans l'eau. Elle apprend aussi l'anglais en jouant avec ses amis : « Let's go travail-ing! » (traduction : « Allons travailler! »)
  • Et mon grand Kuluk – qui a perdu sa première dent de lait hier (beaucoup de joie en espérant la fée des dents) – nous recevra dans sa classe demain pour un « thé de la Saint-Valentin ». Aux récréations et aux séances quotidiennes d'exercices physiques, les enfants dansent avec leurs enseignants, c'est joyeux!
  • Coucher de soleil à Iqaluit, janvier 2016, 15h30.
    Moi, je prépare les repas, fais manger la famille, lave la vaisselle, et recommence! Hi hi, je rigole, j'aime beaucoup être à la maison et je ne m'ennuie pas. Je fais présentement un cours (mon bacc achève!!! Yé!!!) en communication interculturelle qui est un beau défi pour découvrir plus en profondeur la culture inuite que j'ai le plaisir de côtoyer ici, à Iqaluit.

Je te laisse sur ce petit poème composé par mon neveu, lors de son grand voyage au Pôle Nord.

Gros bisous.
Cynthia xx

Poème de la toundra
(par Liitu, 9 ans)

La glace bleue
me rend heureux.
Papa loup
fait un igloo
en skidoo.
Sur les collines rocheuses,
je suis monté.
Je suis rentré
pour dîner.
Tout ça a recommencé
toute la journée.

vendredi 5 février 2016

"Homeschooling": Une école alternative dans mon salon

Marionnettes de Sedna et des villageois de la légende.


Couture - École à la maison - Prise 1 
    
Une femme active une aiguille. Fil dessus fil dessous, un enfant s'approche. Il touche les couleurs et attrape des ciseaux. Un autre poursuit son projet de Légo en observant du coin de l'oeil. Il s'informe: "C'est laquelle, la marionnette de l'Esprit des oiseaux?"

Pour le passant ordinaire, cette activité, à priori banale, ressemble à une mère faisant de l'artisanat avec des enfants en jeu libre. Pour le pédagogue averti, cette scène n'a rien d'anodin...

Tambour traditionnel inuit, comme celui utilisé par le shaman dans la légende de Sedna.

Couture - École à la maison - Prise 2

Une enseignante accorde une importance aux travaux par projet et sait qu'en manipulant divers matériaux, les enfants apprennent beaucoup. Elle s'installe pour des travaux manuels et plutôt que de forcer les enfants à la tâche, elle développe leur volonté en les laissant d'abord observer la technique, afin que le désir de s'investir dans un projet soit intrinsèque.

Contrairement à la plupart des écoles occidentales qui placent généralement l'écriture et l'arithmétique sur un piédestal, le système scolaire nunavummiut et allemand ainsi que la pédagogie Waldorf reconnaissent l'importance d'enseigner les travaux manuels aux enfants. En plus de développer leurs habiletés motrices fines et de stimuler la créativité des enfants, c'est une zone spécifique du cerveau qui s'active lors de tel projet. Dans plusieurs cultures, on croit à l'importance de transmettre cette activité traditionnelle.

Une sortie à la bibliothèque est une composante de nombreux projets éducatifs.

Couture - École à la maison - Prise 3

Au-delà de la fabrication de ces marionnettes sur la thématique de l'Arctique, les enfants ont été fascinés par des sculptures de Sedna observées dans des lieux récemment visités. Sedna, la déesse de la mer dans la mythologie inuite, est présente à différents endroits dans la capitale nunavummiut. Avec leur enseignante, ils préparent un petit théâtre mettant en scène cette légende populaire qu'ils viennent de découvrir durant leur voyage à Iqaluit.

L'éducatrice a en tête des objectifs précis (elle exploitera des compétences transversales en plus de différents savoirs et savoir-faire). Elle connaît le Programme Éducatif et les sujets à aborder dans son école (ex: les Premières Nations). Elle sait aussi que les apprentissages sont favorisés par les émotions et le plaisir.

Une sortie au musée pour voir les animaux de la légende naturalisés.

Couture - École à la maison - Prise 4

Dans mon salon, cette semaine, j'observe cette petite famille qui scolarise ses enfants "à la maison". Il faudrait corriger et dire qu'ils font '"l'école au-delà de leur maison". Surtout, qu'une philosophie alternative permet aux enfants d'apprendre de différentes manières.

En regardant apprendre ces enfants, je constate que, comme eux, la vie me permet, en tant qu'adulte, d'apprendre tout les jours sans me clouer les fesses pendant des heures sur une chaise d'école.


Vous aimerez aussi:
L'école à la maison: portrait d'un élève de deuxième année, par Cynthia Durand, juin 2015.
En famille sur la Terre de Baffin, par Cynthia Durand, septembre 2015.

Blogues de familles faisant l'éducation à domicile de manière alternative:
http://www.laviechezlesvivants.com/
http://rebelle-des-bois.blogspot.ca/
http://demilunes.co/

vendredi 15 janvier 2016

TOP 5 des articles 2015 les plus populaires

Voici les articles chouchous des lecteur.trice.s de mon blogue:

(Selon les statistiques de Blogger, chaque article au TOP 5 a été vu 1000 à 3000 par des internautes.)




Enceinte de son premier enfant, Rachel a été outrée de constater les controverses en périnatalité et le fait que son médecin lui précise qu’elle devra « se faire accoucher » par celui-ci. N’est-ce pas avant tout la femme qui accouche? Lisez son témoignage d’accouchement sans assistance médicale.


Rachel s’est largement informée sur cette cause féministe : l’humanisation des naissances. Suite à son accouchement libre, elle veut que les femmes prennent conscience du génie de leur corps.

Une réflexion que j’ai eue après un commentaire à propos de mon allaitement. C’est tellement grand, l’allaitement, mais, fragile, aussi.

Oser écrire un livre pour enfant sur l’accouchement, trouver les collaborateurs pour le produire, l’imprimer, le vendre… Une belle aventure! Nous célébrerons dans quelques mois la vente du 2 000e exemplaire!

Accoucher marque le cœur, le corps et la mémoire. Pour son cinquième accouchement, mon amie Emmanuelle a accouché en toute confiance auprès de son conjoint et de ses quatre enfants.

dimanche 10 janvier 2016

Voyage d'une famille au Nunavut



Une petite famille de 4 enfants partage notre quotidien au Nunavut pour quelques semaines...

Il a fait très froid (près de -45, très venteux). Nous avons visité la ville en camion. L'école Nakasuk est blanche, l'aéroport jaune et le ciel rosé. Nous nous sommes rendus à Apex, le petit faubourg d'Iqaluit. C'est là que les premiers Blancs à chevaucher la Terre de Baffin se sont installés pour faire la traite des fourrures avec les Inuit. Nous avons aussi vu des os de baleine boréale (environ deux fois plus grands que nous!)


Chère famille en visite dans le Grand Froid, qu'avez-vous le plus aimé depuis votre arrivée à Iqaluit?

Liitu* (8 ans):
- Jouer dans le château de neige! On va y retourner avec nos pelles! et le continuer! et faire un labyrinthe de neige!

Asalii* (6 ans):
- Le musée avec la scène d'animaux arctiques, le bricolage à l'heure du conte en inuktitut et la soirée-cinéma, bien au chaud, entre cousins et cousines.

Isanuq* (4 ans):
- Aller visiter le Northmart avec papa.
(et acheter un melon d'eau à 30$!)

Maalikuluk* (1 an):
- Amama ! (du lait)
Anaana** :
- Monter jusqu'aux sommets rocheux et dénudés des petites montagnes pour la magnifique vue et l'éclairage impressionnant du soleil en position lever/coucher en quasi permanence.

Ataata** :
- Les vacances.

*: Pour le plaisir: variation des prénoms en inuktitut.
Dans cette langue, certaines lettres sont inexistantes
(exemple: Le "Canada" se dit "Kanata".)

**: signifie "maman" et "papa" en inuktitut.

dimanche 20 décembre 2015

Plus que 5 dodos avant Noël

Notre train de Noël en bois encercle le Pôle Nord et la forêt des animaux.

Vents du nord-ouest de 40 km/h.
Températures stables près de moins 35.
Nouvel ensemble d'hiver que j'ai fait (environ 15 heures)
Refroidissement éolien extrême de moins 54.
(Iqaluit, 20 déc. 2015, Environnement Canada)


Journée parfaite pour
faire de la couture et
bricoler un petit village de Noël.
(Cette année, notre sapin mesure
6 pouce et est en papier.)

--------------------

Et, suivez La méMère, qui recommande notre livre dans son guide d'achat:
http://www.lamemere.com/guide-achat/preparer-son-enfant-a-la-naissance-par-la-lecture/      

vendredi 18 décembre 2015

Iqaluit en décembre

"Joyeuses fêtes" dans les quatre langues officielles du Nunavut.


Ces jours-ci, mes amis facebookiens partages des photos d'aurores boréales, de parhélies et de décorations de Noël illuminées. C'est pour oublier la série de -40 que l'ont vient de traverser. En fait, c'est une excellente nouvelle, cette vague de froid, car la mer a enfin eu la chance de geler et nous prévoyons une petite balade en motoneige ce week-end.

Je n'ai pas eu le temps d'écrire de cartes de Noël, ni de décorer. Heureusement pour les enfants, j'ai les cadeaux entreposés dans le haut de ma garde-robe depuis que le bateau-cargo Valleyfield-Iqaluit a jeté l'encre près nos rives arctique, il y a trois mois.

Sortir de sa zone de confort... Voici quelques clichés de nos visiteurs qui ont marché sur la Terre de Baffin pour la première fois:







jeudi 3 décembre 2015

Accoucher chez soi, simplement et dans l’eau

Rencontre avec Emmanuelle

Photo de la collection personnelle d'Emmanuelle. SVP respectez la Loi sur les droits d'auteur (comme pour tout le contenu de ce blog) et n'utilisez qu'avec la permission de la concernée.


J'ai rencontré Emmanuelle l'été dernier, alors qu'elle portait son cinquième enfant. En tant que passionnées, nous avons parlé d'accouchement sous toutes ses couleurs : naturel, fort, libre, intense, dans l'eau, sauvage, familial…Quelques mois plus tard, j'ai eu la grande nouvelle de savoir qu'elle avait réalisé un accouchement libre, à domicile et dans l'eau!


                               « Accoucher sans assistance médicale, ce n’est pas 
                               agir par quelque obstination excentrique, mais avec 
                              la FORCE naturelle et le caractère sacré qui jaillit 
                              d’une confiance inébranlable dans le processus de la VIE. »      - Emmanuelle

Emmanuelle, quand as-tu désiré accoucher dans l'eau pour la première fois?

Depuis ma première grossesse. En fait, je ne voulais pas accoucher à l’hôpital, j'avais terriblement peur de cette option. Quand je rentre là, j'ai la nausée, j'angoisse, je ne me sens pas du tout bien. Je sais que ça vient du temps où j'étais petite et je devais aller à Ste-Justine régulièrement pour une maladie chronique. Donc, je me suis informée sur d'autres alternatives, je faisais des recherches sur l'accouchement dans l'eau, quand je suis tombée par hasard sur les maisons de naissance (MDN) avec sages-femmes. Je ne savais même pas que ça existait au Québec. J'ai pris rendez-vous, j'ai été charmée par la visite, les chambres de naissance avec un bain dedans. J’ai demandé un suivi et j’ai tout de suite souhaité accoucher dans l’eau.

Alors, tes cinq enfants sont nés dans l'eau?

1er accouchement. Quand mon travail a débuté et que je suis arrivée à la MDN, j’ai tout de suite demandé à aller dans le bain. Après plus d’une heure trente de poussée dans l’eau, les contractions s’espaçaient, l’eau chaude ralentissait mon travail, alors mes sages-femmes m’ont demandé de sortir du bain pour que je m’installe dans le lit, j’étais déçue, mais je me suis souvenue d’un passage du livre d’Isabelle Brabant qui disait que, parfois, l’on doit sacrifier une position plus confortable pour une position plus douloureuse, mais qui est plus efficace pour faire avancer le travail, alors, j’ai accepté de sacrifier l’eau que j’aimais, qui me faisait sentir trop bien, pour que mon accouchement se poursuivre. Mon premier amour est né dans le lit. 

Pour diverses raisons, les sages-femmes m'ont également demandé de sortir de l'eau à mon 2e accouchement et 3e accouchement. 

À la 4e grossesse, j’ai pu pousser mon bébé dans l’eau. L’eau: l’endroit où je me sens si bien. J’ai vraiment aimé cette expérience. La seule chose qui manquait était… être chez moi. 

5e accouchement : j’ai pu enfin vivre un rêve : accoucher chez moi, simplement et dans l’eau. Ce fut un accouchement simple, merveilleux, naturel, normal et je me sentais si bien!

D'où est née l'idée d'un accouchement non assisté (ANA)?

L'idée d'un accouchement non assisté est née à la base d'une frustration, d'une déception en lien avec le fait que je n'étais pas admissible pour un accouchement à domicile, étant hors territoire de la MDN depuis mon déménagement. Je crois fermement qu'une femme en travail ne devrait pas se déplacer si elle n'en a pas envie, elle devrait pouvoir accoucher là où elle veut, avec qui elle veut et le faire selon ce qu'elle sent.

Ce fut un long cheminement. À ma 5e grossesse, je ne pouvais plus taire cette voix hurlant à l'intérieur de moi, je DEVAIS accoucher chez moi, je ne pouvais pas supporter l'idée que ça soit autrement que dans ma maison, avec mon amoureux, entourée de mes enfants. Je me suis alors préparé pour un ANA, j'ai beaucoup lu, j'ai rencontré des femmes extraordinaires qui l'ont vécu, qui ont pris le temps d'écouter mon désir, qui m'ont appuyée là-dedans. Mon conjoint et moi en avons beaucoup parlé et nous étions vraiment prêts à cette éventualité. C'était un choix éclairé. Finalement plus tardivement dans ma grossesse, j’ai rencontré deux sages-femmes reconnues par l'Ordre, qui étaient prêtes à m'assister à domicile comme elle le font pour les Québécoises qui habitent sur le territoire d'une maison de naissance. J'ai poursuivi ma route avec elles, je leur en suis éternellement reconnaissante d’avoir entendu mon désir. Mais, je n'arrivais pas à faire taire cette voix puissante à l'intérieur de moi, ça sortait de mes tripes, je voulais le vivre. Je continuais à m’informer, à lire des récits d’ANA, à visionner des vidéos, etc. J'ai laissé ça planer un peu...
"Je ne me suis jamais sentie aussi féminine et libre qu’à ce moment-là"

Et le jour venu…

Le jour venu, je me sentais tellement bien, dans mon élément qu’à ce moment précis, je voulais le vivre ainsi, avec les personnes les plus importantes dans ma vie.
C’était devenu comme une évidence, je me sentais en totale confiance en la vie. Je n'ai pas senti le besoin d’appeler qui que ce soit, même pas un accompagnateur pour les enfants ou une sage-femme (comme il était convenu, j'avais beaucoup cheminé et je me sentais en sécurité et bien auprès de mon conjoint). Nada. Rien. Un désir seulement: faire ça avec mon amoureux et ne pas déstabiliser le quotidien de mes enfants. Alors je me suis écoutée totalement et entièrement, sans aucune contrainte. Juste moi, mon instinct, mes hormones, mon corps, mon bébé et ma famille. Je ne me suis jamais sentie aussi féminine et libre qu’à ce moment-là.

Ton bébé est né dans l'eau?

Nous avions installé une écharpe au-dessus de ma piscine d'accouchement pour que je puisse m’agripper. Cette écharpe fut un outil fantastique. C’était vraiment génial. J’avais d’un côté mon homme, mon pilier dans cette tempête, je pouvais me laisser molle sur lui ou m’agripper à lui, comme je le sentais et me suspendre dans les airs quand j'en ressentais le besoin. J’étais donc libre de choix, de mouvements, selon ce que mon corps me dictait, selon mes ressentis. Je me sentais active dans ma poussée, plus active que mes autres accouchements. Je me sentais libre, cette liberté que tout mon corps m’appartient, que c’est moi et uniquement MOI qui accouche, sans contraintes extérieures, tout émanait de MES choix, de ce que je ressentais dans mon corps, c’était puissant, tellement puissant! Puis les sensations sont devenues plus fortes, je sentais la vague venir au loin puis la sensation de poussée ensuite. Finalement, mon bébé est né là où je le souhaitais!

Avez-vous écouté le coeur du bébé ou fait d'autres interventions durant l'accouchement?

Non, je n'ai pas senti le besoin de faire de touchers vaginaux, d'écouter le cœur du bébé, de calculer mes contractions ou quoi que ce soit d'autre. J'ai juste écouté mon corps, les sensations, mon ressenti, mon instinct, c'était tout ce que je devais savoir. D'ailleurs, j'avais fait mon plan de naissance avec mon amoureux et il savait que l'unique chose à faire était de faire exactement ce que je demandais de faire.

Comment te sens-tu face à cet accouchement?

Je suis tellement heureuse de cette magnifique et dernière naissance, qui m'a rendue plus forte envers moi-même, dans le sens de confiance en mon corps, de lâcher-prise et de laisse-aller total envers tout, envers tout ce qui pourrait... envers mes peurs, mes angoisses, envers l’inconnu… Un énorme travail a été fait, un très long processus, cheminement à travers 4 autres expériences d’accouchement, envers plusieurs rencontres de femmes merveilleuses et inspirantes, envers plusieurs recherches, lectures et documentations… il est né d’un choix éclairé….
Ajouter une légende

As-tu rencontré d'autres femmes ayant également donné naissance en famille?

Oui, quelques-unes par l'entremise d'Internet, sur des forums et lors d'un blessingway  j'ai rencontré trois femmes qui avaient vécu un ANA. J'admirais tellement les femmes qui l'avaient fait avant moi, ça m'inspirait beaucoup, mais je me disais que je n'aurais jamais ce courage. Aujourd'hui, je réalise que ce n'est pas du tout du courage, mais juste de la confiance, de la sérénité et un choix, c’est juste un désir, un désir d’instinct, de naturel, une écoute envers notre corps, notre bébé, une écoute de la vie.  Un désir de vivre une expérience en étant complètement et totalement à l’écoute de soi-même.

Félicitation Emmanuelle et 
Merci énormément pour ce partage intime et précieux.



Articles similaires:
L'ANA de Rachel
Récit de mon plus récent accouchement (Cynthia D.)
L'AAD (l'accouchement à domicile)