vendredi 3 mars 2017

Une missive d'Iqaluit, Nunavut

Chère Kunngat,

Comment vas-tu? Voici quelques nouvelles d'Iqaluit et la suite de notrecorrespondance d'avril dernier.

Il a fait moins cinquante toute semaine. Bon j'exagère encore : on a eu moins quarante-sept degrés Celsius, puis moins quarante-neuf. L'école, elle peut fermer à partir de moins cinquante. Sauf que le mot « peut » inscrit dans cette politique de la commission scolaire, combiné au choix aléatoire de la source météorologique, fait que l'école a été ouverte toute la semaine.

J'aimerais être cette bonne mère, celle qui valorise inconditionnellement l'école, ses professeurs, ses politiques. Mais, ce matin, quand j'ai fait deux pas pour mettre mon sac de vidanges dans ma boîte verte adjacente à nos marches extérieures, que le froid m'a transpercé les entrailles, je me suis dit que c'était inhumain d'exiger aux enfants de se rendre au coin de la rue, devant la bâtisse bleu terne abandonnée du Housing Corporation, exposé aux vents dominants, pour un autobus jaune qui n'est jamais à l'heure, mais qui n'attend jamais. C'est ridicule, voire dangereux, de sortir à cette température-là, quand tu as une petite peau délicate d'enfant.

Alors, mes enfants, ils se sont bâti un château fort dans le salon et puisque la ville a décidé que ce froid extrême compromettait la sécurité de ses employés – contrairement à la commission scolaire qui a ouvert ses écoles – donc, que les camions-citernes demeureraient au garage municipal aujourd'hui, il a fallu utiliser avec parcimonie notre consommation d'eau... Youpi, congé de popote et de lavage!

Malgré la (bonne) fatigue, cumulée avec Les Monologues du Vagin, j'avais promis aux enfants un spectacle pour enfants (sans histoires de vagins), après ma pièce. Alors, demain, pour l'ouverture des Rendez-Vous de la Francophonie, je serai au francocentre avec mon costume de Pommette la Clownette et, crois-le ou non, je tenterai de me délier les mains menottées, les yeux fermés et dix secondes. Puis, je ferai disparaître une balle imaginaire, et elle réapparaîtra, je ne sais pas, peut-être chez toi à Boucherville, ou même à Stoke, pour la petite Emma. Ou peut-être bien que la balle imaginaire réapparaîtra à Ste-Lucie-des-Laurentides, lors du lancement des Mémoires de mon grand-père abitibien en juin prochain. Qui sait?

Allez! Je t'embrasse!
Profite de chaque minute, parce qu'elles passent tellement vite. On se voit bientôt, presque!

Cynthia xx





jeudi 23 février 2017

Mon vagin, mon accouchement

 
Demain soir, nous présenterons Les Monologues du Vagin au Francocentre d'Iqaluit. Pour le plaisir, comme Eve Ensler, l'auteure des Monologues du Vagin, je me suis inspirée de rencontres avec des femmes pour écrire un monologue. Voici :


Mon vagin, mon accouchement

Mon vagin. Mon vagin? Hum, c'est un tunnel. Un canal. Un organe comme la tête, le nez ou les orteils.

J'ai toujours pensé que mon vagin était une partie de mon corps semblable au reste… Puis un jour, par un total hasard, alors que j'étais enceinte, la femme qui faisait mon suivi m'a demandé : « Comment trouves-tu ton vagin? »

Cette question me semblait ridicule, complètement hors sujet, très intime. Quel pouvait être le lien entre mon vagin et ma grossesse?

La femme qui me préparait à mon accouchement a sorti un chandail à col roulé d'un tiroir. Vous savez, ces affreux sous-vêtements bleu marine ou blanc caillé avec le col plié en double qui nous remonte jusqu'aux oreilles, quand on a huit ans, et que notre mère nous force à enfiler avant de passer la journée dehors à glisser en crazy carpet.

La dame a aussi sorti un ballon de soccer. Elle m'a demandé si je croyais que ce ballon puisse passer à travers le col du chandail. Un ballon de soccer! Vraiment? Peut-être. Probablement, que me me suis dit, c'est fait pour s'étirer, ce bout de guenille là! Elle a souri.
La femme a dit que le col roulé, c'était comme mon vagin. Que mon vagin était souple et extensible. Que si j'apprenais à le détendre, il s'étirerait doucement, qu'importe ce qui y passerait! Je devais explorer mon vagin.

J'ai trouvé cette femme un peu dérangée. Je suis rentrée chez moi un peu angoissée. Puis, secrètement, j'ai essayé ses propositions pour découvrir mon vagin. Je me suis procuré un œuf de Jade, j'ai sorti de l'huile d'olive pour des massages plus doux, plus profond. Je me suis abandonnée à la sensualité et aux fantasmes refoulés. Je sais, j'aurais dû mettre fin à ce suivi de grossesse tellement atypique. Tellement intime. Mais plus je découvrais mon vagin, son anatomie, ses points de réflexologie, plus j'étais heureuse et comblée.

Au rendez-vous suivant, la femme a fixé mon Chéri avec beaucoup de sérieux : « Accoucher, c'est vraiment comme faire l'amour. Surtout, il faut être calme, amoureux, et éviter les commentaires, les questions et les téléphones cellulaires. Les seuls mots autorisés sont « t'es belle » et « je t'aime ». Le moindre faux pas peut interrompre le processus, comme lorsque tu fais l'amour. »

Ensuite, elle s'est tournée vers moi et, dans son élan dictatrice, elle a poursuivi : « Accoucher devrait être doux, soit silencieuse, ne te plaints jamais, ton corps va comprendre. Tu peux bouger et chercher le confort, mais surtout, savoure les moments doux, il y aura beaucoup de moments doux. Abandonne-toi, comme quand ton vagin s'abandonne au lit. Exerce-toi à t'abandonner. »

La vérité, c'est que j'avais une peur folle d'accoucher, je suis de nature trop anxieuse pour ce type de suivi. Ces rencontres de type « sexologue » n'aidaient en rien à me convaincre que le coeur du bébé suivrait les contractions, que le cordon ne serait pas autour du cou du bébé, que… J'ai trouvé un autre spécialiste, qui considérait mon vagin comme un simple canal, l'examinait par routine, comme quand un médecin dit : « Ouvre bien grand la gorge, je vais vérifier qu'il n'y ait pas d'infection. » Dans le cabinet de ce spécialiste, en l'espace de quelques minutes, mon vagin que j'avais doucement apprivoisé, ma grotte secrète et exaltante, était redevenu qu'un simple tunnel.

Enfin, le moment tant redouté et attendu est arrivé. Lors des premières contractions, je n'étais pas trop sûre si c'était vraiment cela accoucher. C'est bête, mais ce qui m'est revenu en tête, c'était les phrases de cette femme qui m'avait accompagnée durant les premiers mois de ma grossesse : « Abandonne-toi, laisse ton vagin s'ouvrir. » Je suis allée me coucher, me reposer, permettre à mon vagin, puis mon corps tout entier de se détendre. Je me suis endormie. Je n'étais pas sûre si les contractions étaient réelles ou des bribes de rêves. Mon amoureux s'est collé contre moi, dans un silence parfait. La chaleur de son corps sur le bas de mon dos me faisait le plus grand bien.

Les contractions sont devenues intenses, me tiraient hors de mon sommeil. Mais il y avait aussi d'intenses sensations d'extase chaque fois qu'une contraction finissait. Ça m'emplissait de bonheur, j'avais l'impression d'être prise sous l'effet d'une drogue puissante, du mush, pour être exacte. Tout était intense. Le moindre bruit, la moindre caresse, la moindre lumière. Tout soudainement, m'emplissait de joie ou m'irritait. Je flottais.

Nous étions seuls au monde : mon bébé, mon vagin et moi. Chéri m'a demandé si je voulais partir pour l'hôpital. C'était le dernier de mes soucis, j'étais dans ma bulle, en plein milieu d'un rêve, j'étais bien. Même si certaines contractions me transperçaient les reins, le corps tout entier, elle s'envolait tellement vite, que je voulais rester. J'avais encore du temps avant la naissance.

Alors que j'étais debout, agrippée à une chaise, j'ai ressenti un brûlement entre mes jambes, et j'ai revu l'énigme du ballon de soccer et le chandail à col roulé dans ma tête. C'était clair : je m'étais trompée. Le ballon était trop rond, trop large, ça ne passerait jamais. J'ai dit : « Il faut faire le 9-1-1. » « Ça va aller, » que Chéri m'a répondu en me serrant tendrement dans ses bras. C'était comme si un ange me faisait une révélation. J'étais debout, je dansais doucement avec Chéri, puis la contraction suivante, j'ai senti un soulagement, la tête venait d'émerger de mon vagin. Puis, sans que personne ne m'examine ni me demande de pousser, mon utérus a poussé une fois de plus et la plus belle chose du monde est sortie de mon corps. C'était l'extase. C'était orgasmique! C'était tellement irréel, un bébé qui respire, qui va bien, qui vient de naître, mon bébé. C'était merveilleux. Je me sentais belle, féroce, puissante. J'aurais pu soulever la Terre.

Mon vagin est toute autre chose qu'un canal ou un simple tunnel. C'est moi, mon corps, mon âme.

par Cynthia Durand, février 2017

jeudi 9 février 2017

- 33: du beau temps



Ce matin, mon amie T est venue prendre un café avec ses enfants:
- Il fait froid dehors?
- Non. Juste -33, pas de vent.

Pour vérifier si son affirmation était véridique, j'ai demander à mon grand qui rentrait pour dîner:
- C'est comment, dehors, aujourd'hui?
- Bien! On a eu la récréation dehors.

Hum. Il faut en profiter quand ça passe..  En fin de journée le vent s'est levé et il faisait - 45 (avec le refroidissement éolien).



Comble du bonheur, nous avons un centre aquatique tout beau, tout neuf, ouvert depuis seulement trois semaine, mais qui a complètement changé nos vies, nous y allons presque tous les jours!

Et semaine de relâche à partir de lundi! Alors, comme on chantait il y a belle lurette déjà  (nostalgie) :
 "Vive les vacances!
Au diable les pénitences!
 On met l'école en feu,
et les profs au milieu!"
Youppiiiii!

mardi 10 janvier 2017

Réflexion sur les mères au foyer

 
En faisant mousser mon lait partiellement écrémé, ce matin, je suis heureuse, car le drapeau des voisins indique qu'aucune miette de vent ne vient perturber la journée. Enfin un brin de douceur! Et, à ce moment-là, Amoureux ouvre son téléphone « intelligent » et l'application météo scande « -37 ! »

La météo, et le maïs coincé entre mes dents: deux choses qui m'agacent terriblement. Mais ce qui m'agace davantage, ce sont les gens qui croient que, parce que je suis « mère au foyer », je suis multimillionnaire. Depuis huit ans, c'est le métier que j'ai choisi; comme certaines personnes font carrière en politique, aux Olympiques, en mission étrangère, en construction, dans une université, sur une chaîne de montage industrielle, dans un bureau, avec les malades ou comme artiste. Pourquoi faisons-nous carrière dans un domaine et non un autre? À cause de nos habiletés, de notre expérience, de nos valeurs, d'un concours de circonstances, d'une passion… et c'est la même chose pour les parents qui prennent cette voie, celle d'être « gestionnaire de leur maisonnée à temps plein »

Depuis huit ans que je côtoie d'autres parents à la maison, et je dois vous confirmer, hors de tout doute, que ce ne sont pas les multimillionnaires qui restent à la maison, mais vraiment des gens de toutes les classes sociales, des gens normaux, comme toi et moi. Voici un topo de mes observations :

  • La plupart de ces familles font des compromis et vivent de simplicité volontaire (par exemple, je ne conduis pas de minifourgonnette, possède beaucoup de vêtements usagés et préfère le plein air en famille aux vacances dispendieuses.). 

  • Souvent, le parent qui travaille a un horaire atypique, travaille plus de 80 heures par semaine et/ou est chef d'entreprise. La mère à la maison (sans vouloir faire de la discrimination, c'est majoritairement des femmes qui choisissent les métiers humains) fait beaucoup plus que prendre soin des enfants. Dans le monde féministe, on parle « du rôle invisible de la femme d’entrepreneur ». 

  • Également, tenir compte du salaire d'un ménage, ce n'est pas seulement tenir compte du revenu annuel, mais aussi des économies faites grâce à un mode de vie plus modeste (pas de femme de ménage, pas de garde scolaire, pas de garderie, peu de restaurant, un seul véhicule, etc.)

  • Beaucoup de ces femmes qui prennent soin de leur progéniture à temps plein jouent un rôle clé dans leur communauté: elles sont bénévoles dans les sports, les loisirs, sur les conseils d'administration… ou informellement, elles accueillent et encadrent les enfants des voisins après l'école, leur offrent une pomme et une oreille

  • Beaucoup de ces femmes étudient ou se bâtissent une expérience dans un domaine qui leur permet de travailler à partir de la maison, entre deux brassées de lavage et la sieste des petits. (Par exemple, dans la conception de Ma mère, c'est la plus forte – une histoiresur la naissance, c'est plusieurs mères à la maison qui ont collaboré. Quatre mamans, quatre talents: écriture, illustration, révision, marketing...)

  • Être à la maison n'est pas nécessairement un choix facile, mais c'est un CHOIX qu'on fait avec notre coeur et notre tête, pour mille-et-une raisons, selon notre propre réalité et nos priorités.

  • Comme dans tous les métiers, même si elles adorent leur travail et l'ont choisi en toute connaissance de cause, il y a des jours où les mères à la maison laisseraient volontiers leur place, des jours où elles se sentent dépassées, où elles trouvent certaines tâches redondantes ou préféreraient être absoutes de certaines corvées. Et même si, aux yeux du commun des mortels, elle est « chanceuse » d'avoir eu un temps libre ce matin pour écrire un petit billet sur son blogue personnel, elle aurait peut-être préféré ne pas avoir été disponible 24h/24, 7jours/7 au cours des dernières semaines, boire un café chaud sans se faire interrompe ou bien aller danser avec ses amis samedi dernier au lieu de veiller sur son phare pendant que son équipier suait à l'ouvrage.

Merci de me lire!
Prenez note que ce texte n'est pas une complainte, mais un hymne à ceux qui suivent leur voie, même s'ils doutent, même si ce chemin est différent du mien.
Je vous souhaite de faire vos propres CHOIX, ceux qui vous rendre heureux et fier d'être qui vous êtes!

Cynthia !

mardi 3 janvier 2017

Confidences d'aventuriers

En cette nouvelle année,
mes meilleurs vœux à vous tous,
amis, famille et lecteurs!!!
Voici 3 réflexions extraites de mes lectures des fêtes et de mon propre journal.
Cynthia xx


En traversant le désert du Gobi (Mongolie), Sarah Marquis raconte :

« La magie du désert n'est pas vraiment propre au désert, mais à l'espace qu'il contient. Ici, il n'y a rien, aucune protection possible, pas de dunes non plus, juste rien. Aucune des choses qui se trouvaient dans ma vie d'avant ne pourrait m'être utile ici. La sensation d'être seule au milieu de ce vide est surprenante au début. Puis après de longues journées, de long mois de marche sans attente d'aucune sorte, les choses se transforment d'elles-mêmes. Je m'adapte en permanence à mon environnement qui devient familier l'espace d'un instant. Est-ce pour cette raison que je me trouve ici précisément? » (1)


Dans un chalet au cœur de la toundra nunavummiut, Cynthia Durand écrit :

« Loin du Wi-Fi et de tout écran, je n'ai pas aussi bien dormi depuis des lunes. Le seul projet, la seule tâche, est celle de l'instant présent, combler nos besoins de base. Dehors, la nature est immense et folle; une seule pièce, un seul toit, suffit à notre bien-être. Les enfants participent aux corvées : ils fendent du bois, alimentent le feu, coupent les légumes... Ils développent leur complicité fraternelle et rafinent leurs stratégies essentielles pour nos batailles d'oreillers. Merci la Vie. » (2)


En escale en Polynésie française, Carl Mailhot réfléchit :
« Le tour du monde, ça ne veut rien dire. C'est tout au plus une figure de style pour dire qu'on part de chez soi, qu'on avance toujours, et qu'ainsi on finit par revenir au point de départ. Cela ne veut surtout pas dire qu'on aura tout vu, loin de là, ni que notre connaissance des gens et des pays sera grandement enrichie.
Il faut regarder le chemin parcouru, au sens personnel du terme, plutôt qu'en somme d'escales effectuées.
(…)
J'arrive mal à évaluer où se situe ma tranquillité d'esprit. D'un côté, je pense que nos sociétés modernes auraient intérêt à retrouver ces insulaires, les plaisirs élémentaires de l’existence. De l'autre, je regarde cette population et j'ai l'impression qu'il lui manque ce quelque chose que nous procure le froid. Ce qu'on ressent quand on a le corps gelé comme une barre et qu'on vient s'assoir près du feu en laissant la poudrerie se déchaîner dehors. » (3)


(1) MARQUIS, Sarah. 2014. Sauvage par nature – De Sibérie en Australie, 3 ans de marche extrême en solitaire, Édition Michel Lafon, Suisse, p.120
(2) DURAND, Cynthia. 2016. Journal personnel, Iqaluit, Nunavut.
(3) MAILHOT, Carl et MANNY, Dominique. 1995. La V'limeuse autour du monde – six ans de navigation en famille, p.220

lundi 28 novembre 2016

Danielle à Iqaluit

Une collaboration spéciale!
Texte de mon amie Danielle, citoyenne du monde...




Iqaluit Nunavut!

" Vivre en ce pays la nuit ".
C'est vivre au rythme de la lumière et du froid. -20 + le vent -30 en ce 27 nov.
Les jours moins froids nous donnent l'espérance que le long hiver a sa fin. Voir la carcasse du phoque sur la berge, veut dire que certains s'en sont nourris.
Le soleil frileux disparaît graduellement vers 14.00 heures .
Les gens saluent en levant les sourcils vers le haut en esquissant un sourire.
Les enfants portés dans l'amauti ont la vue à hauteur d'homme et s'y trouvent bien au chaud.
Les kamiks avec les beaux chaussons brodés attirent mes yeux constamment.

Ici, si tu veux vivre seul, tu peux mourir d'ennuis... Mais si tu tu veux vivre tu partages, ton caribou, ton saumon , ton phoque, tu vas vivre vieux.

Les sculptures parlent de la vie d'autrefois, dure et combative.
Aujourd'hui, que reste-t-il d'eux qui l'ont vécus?

Le cimetière au bout du chemin, du Finistère , regarde l'infini.
Ici aussi, les bébés ont parfois la vie courte.

Avoir des gens qui t'ouvrent leur coeur, t'accueillent
comme l'une des leurs, partagent tout ce qu'ils ont est un présent à la couleur des aurores qui dansent dans le ciel vers 18.00 heures.

NAKURMIK

Danielle Mercier




lundi 14 novembre 2016

Ces « Martin Luther King » de l'accouchement



Qu'ont en commun Martin Luther King, Gandhi et les accoucheuses traditionnelles qualifiées qui pratiquent au Canada?

Ils ont tous le même souci de l'égalité et de la dignité de tout être humain. Saviez-vous que, des accoucheuses traditionnelles qualifiées (1), partout au Canada, continuent d'exercer leur vocation malgré les menaces des Ordres Sages-femmes et Médecins, car, elles croient en la justice sociale. Voici trois exemples de situations similaires qui se sont révélés des exemples où l'histoire a donné raison aux droits de la personne : le libre choix d'un établissement d'enseignement, l'égalité et le respect des femmes dans les couples et l'accès à l'avortement légal et sécuritaire.

1. Le choix de scolariser nos enfants selon nos valeurs

Dans les années 1950, au Canada, ce sont des revendications qui ont mené à légaliser l'instruction privée et l'école à la maison, car chaque famille et chaque enfant sont uniques et la société a la responsabilité éthique de s'assurer que les valeurs individuelles sont respectées.
Pour quelles raisons les Canadiennes ont-elles recours aux accoucheuses traditionnelles qualifiées et choisissent-elles d'accoucher à domicile? Pour des valeurs et croyances profondes (ex. : les Mennonites, les autochtones, les croyances personnelles), à cause qu'elles n'ont pas accès à des services sages-femmes (dans les grands centres et en régions), pour une vision holistique de l'accouchement, etc. La légalisation de la pratique sage-femme (il y a environ vingt ans) est insuffisante pour répondre à la diversité des croyances des femmes et nous avons besoin de légaliser un véritable libre choix individuel en matière d'accouchement.

2. La criminalisation de la violence conjugale

Comme société, nous avons longtemps considéré que la violence conjugale n'était « pas une vraie forme de violence » et « pas de nos affaires ». Actuellement, lorsqu'une femme donne naissance et qu'elle relate être victime de violence obstétricale, nous avons la même rhétorique, considérant, qu'au nom du bébé, nous pouvons exiger la nudité de la femme et toute autre forme d'humiliation. Nous autorisons l’infantilisation de la patiente ou tout acte qu'un praticien juge bon sans nécessairement obtenir le consentement de celle-ci. Nous ne parlons pas du même type de violence, mais tous deux sont aussi pernicieux. Lors des accouchements, il faut arrêter de banaliser les interventions qui se font au détriment des femmes et faire place à un véritable choix d'accoucher avec qui l'on veut et où l'on veut. Il y a un danger lorsque l'on considère qu'il n'y a qu'une seule vérité et un seul mode d'appréhender le monde. Il est temps que les droits à l'égalité et à la dignité de la femme, tels que reconnus dans la cellule familiale, le soient dans toute chambre de naissance.

3. La légalisation de l'avortement

Il a fallu que le docteur Morgentaler se batte pour la dignité des femmes et le libre choix de celles-ci et qu'il fasse de la prison pour que le Canada légalise l'avortement. Tout comme celui-ci, au Canada, des accoucheuses traditionnelles qualifiées sont actuellement accusées injustement alors qu'elles agissent pour familles et les bébés, avec respect de leurs croyances profondes. (2)
D'un point de vue légal, la femme est un être humain et a tous les droits alors qu'un fœtus (être non né) n'en a encore aucun. Cela dit, les accoucheuses traditionnelles qualifiées ont le souci de la sécurité de l'accouchement tout en ayant une approche holistique et de l'empathie. Cela fait partie de la liberté individuelle de la femme, dans une démocratie, de choisir une accoucheuse qui répond à ses croyances.

La nécessité des accoucheuses traditionnelles qualifiées pour la démocratie

Tout comme Martin Luther King et Gandhi, les accoucheuses traditionnelles qualifiées agissent selon leurs consciences et de manière non-violente, pour permettre à chacun de vivre dans l'égalité et la dignité. Le respect des croyances de chacun est un important élément de notre Charte (article 3 : la liberté de conscience, la liberté de religion, la liberté d’opinion). Il faut reconnaître que « la désobéissance civile est conforme à la justice malgré son caractère illégal, elle a été bénéfique historiquement à l'évolution des mentalités et qu'elle est nécessaire en démocratie. » (Letiecq, 2014)


*****

(1) Le terme « accoucheuse traditionnelle qualifiée » (traditional birth attendant) est le terme proposé par l'ONU pour désigner les femmes expérimentées qui accompagnent les naissances et n'ont pas une formation reconnue ni de lien avec un ordre professionnel, par opposition aux sages-femmes.

(2) G. Lemay, 2002; D. Boutin, 2008; M. Jolar, 2012; et d'autres sont actuellement menacées.

LETIECQ, Louis. 2014. Les fondements de la désobéissance civile, mémoire sous la supervision de CHUNG Ryoa, Université de Montréal, https://papyrus.bib.umontreal.ca/xmlui/handle/1866/12026



dimanche 13 novembre 2016

Parhélie ou "trois soleils"

Parhélie ou "trois soleils"

J'ai pris cette photo de parhélie le samedi 12 novembre, vers l'heure du dîner. Une superbe parhélie ou "trois soleils", un phénomène optique rare, selon Canal D



12 novembre 2016. -19 C. Température ressentie -29.
Durée de notre randonnée de ski familiale: 9 minutes.


photo de CBC-Nunavut
La glace commence à prendre sur la mer et des phoques ont été observés à proximité de la ville (ils s'approchent rarement autant).

Je n'écris pas plus ce soir (ce n'est pas pour être cheap, mais La V'limeuse m'attend sur ma table de chevet). Voici plutôt un souvenir d'Iqaluit, il y a deux ans, précisément en ce même temps de l'année: une expédition en mer avec cueillette de palourdes et algues.


lundi 7 novembre 2016

Novembre sur la Terre de Baffin


En octobre, il a neigé d'une manière quasi quotidienne, enveloppant la toundra d'une délicate couverte blanche. Cet hiver (parce que la saison froide dure onze mois à Iqaluit), je me suis promis de passer plus de temps dehors, de prendre l'air, de bouger... parce que c'est excellent pour la santé, mais surtout, juste pour le plaisir, pour passer du bon temps avec ma famille, avec les amis, pour savourer la nature et l'air polaire, pour les paysages à couper le souffle de mon pays...
Anirajaqtit! Allons jouer dehors!

Sauf que... ça demande du courage d'habiller trois jeunes enfants en petits bonshommes Michelin, ça demande de la folie de sortir lorsque le thermomètre pointe sous la barre du zéro, ça demande du temps de préparer cette sortie, ça demande… En fait, faire du ski avec de jeunes enfants, c'est un peu utopique...

Je me suis trompée...
Aller faire du ski de fond avec trois enfants (dont un bébé), ce n'est pas demandant – enfin, seulement la première fois, dans sa tête cartésienne d'adulte – parce que, c'est plutôt comme une drogue, ça crée la dépendance. Iqaluit en ski, c'est prendre le temps d'observer autour de soi, de se trouver de nouveau parcours, de faire de nouvelles rencontres… et de célébrer notre petite sortie avec un chocolat chaud.

Victor Hugo avait raison : « L'utopie d'aujourd'hui, c'est la réalité de demain. »

*****


À peine deux minutes après avoir quitté la chaleur de notre maison, bébé ronflait déjà dans le confort de mon amauti


En ski de fond comme en motoneige, chacun connaît les raccourcis pour se faufiler sur le bord de la mer en croisant le moins de cailloux possible. Importante différence avec nos sorties en Bombardier : j'ai fait un pied de nez au poste d'essence!


Nikisuittuq : Type d'inukshuk qui pointe vers l'étoile Polaire, repère fondamental dans la toundra dénudée.

Point de départ pour la « Apex Trail » : Expédition d'environ une heure menant aux bâtiments de la Compagnie de la Baie d'Hudson, trace des premiers Qallunaat à Iqaluit.



 

lundi 31 octobre 2016

Accoucher : un acte médical?




À tout moment, de notre vie, nous avons le droit de choisir, hommes et femmes, des traitements que l'on juge pertinents à notre santé. Nous pouvons consulter un médecin, un naturopathe, un chiropraticien, un proche, un livre… ou personne, selon notre propre jugement, nos croyances et notre situation unique. En fait, il y a une exception à cette règle de liberté, une loi injuste (1) pour les femmes et assez récente dans l'histoire (2) qui dicte que l'accouchement est un acte réservé, un acte médical, que seuls les médecins, gynécologues-obstétriciens ou sages-femmes sont autorisés à le pratiquer. La femme n'a plus le droit, durant ses contractions, de sa liberté fondamentale de choisir pour elle-même. Moi qui pensais que mon vagin m'appartenait... La question se pose :

Est-ce qu'accoucher est un acte médical?

Non, pas nécessairement.

  • Tout d'abord, d'un point de vue physiologique (naturel), l'accouchement se rapproche plus d'un événement normal que médical.
  • Ensuite, les connaissances actuelles permettent à l'humain de surveiller ses signes vitaux lui-même sans qu'il s'agisse d'acte médical.
  • Finalement, tout ce qui implique le vagin devrait être considéré d'un angle sexuel.


L'accouchement d'un point de vue physiologique
En 2008, le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec affirme que « l’accouchement est un événement physiologique naturel qui n’implique pas, a priori, d’interventions médicales. » (3). Le terme « physiologique » désigne tout ce qui fait partie du fonctionnement normal de notre corps (le maintien de notre température, la digestion...) Basé sur de récentes recherches, Michel Odent compare l'accouchement à l'endormissement, deux processus naturels nécessitent un sentiment de sécurité et un environnement calme (4). Selon l'OMS, 70 à 80% des accouchements devraient être considérés comme normaux (5).

La surveillance de l'accouchement
En utilisant les sens du toucher et la vue, chacun observe quotidiennement l'état de ses proches (teint du visage, température corporelle élevée détectée par le toucher, état amorphe…) Il est également possible de se procurer un thermomètre ou un stéthoscope et d'utiliser ces instruments « médicaux » chez soi sans faire de diagnostic ni d'acte médical. Pourquoi ces gestes deviennent-ils soudainement des actes médicaux durant les quelques heures que la femme a des contractions?
Il en va de même pour les touchers vaginaux: tout adulte peut se toucher lui-même l'intérieur du vagin dans son intimité, seul ou avec un autre adulte consentant à tout moment de sa vie...
Au-delà d'une loi paternaliste voulant que les gynécologues-obstétriciens, les médecins et les sages-femmes soient les seuls aptes à  « surveiller et évaluer  la grossesse, le travail, l’accouchement » (1), il faut se rendre à l'évidence que l'humain – dans notre cas, la femme qui accouche – a des informations sur son corps que seule celle-ci ressent. Et, tout comme à d'autres moments de sa vie, elle a le jugement de choisir entre se diriger vers un hôpital si elle est inquiète, demeurer chez elle si elle se sent bien ou encore téléphoner à la personne de son choix pour l'accompagner ou simplement avoir des conseils d'amis.

L'implication du vagin dans l'accouchement
Lors de l'écriture de la célèbre pièce de théâtre Les Monologues du Vagin, les femmes interviewées à propos de leur vagin parlaient de viols, de honte, de dignité... et d'accouchements. (6) La sage-femme Ina May Gaskin rappelle constamment dans ses ouvrages que le vagin est un organe « timide » et qu'il faut continuellement garder cela en tête pour faciliter un accouchement. Elle nous explique que, comme à tout autre moment de sa vie sexuelle, la composante psychologique est fondamentale lors d'un accouchement. (7) Surtout, parmi les nombreuses similitudes entre faire l'amour et accoucher, la libération hormonale impliquée lors de ces deux moments (particulièrement l'ocytocine et l'endorphine) est une importante découverte scientifique qui lie désormais la sexualité à l'accouchement. (8)

Accoucher ne devrait pas être considéré comme un acte médical
Considérant l'aspect naturel de l'accouchement, la capacité des femmes à s'observer elle-même ainsi que l'aspect sexuel de l'accouchement, il semble évidant qu'il y a une « erreur » fondamentale à considérer systématiquement tout accouchement comme un acte médical. Il est anticonstitutionnel que nos lois interdissent les femmes d'agir selon leur propre choix.

Tout comme les athlètes de haut niveau, les femmes enceintes sont souvent suivies par un professionnel. Est-ce que cela fait de toute performance sportive un acte médical? Tel que nous admirons les athlètes pour aller au bout d'eux-mêmes, nous devrions admirer la grandeur de l'accouchement.


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Références:


(1) LOI médicale, Article 31, Québec, http://legisquebec.gouv.qc.ca/fr/showdoc/cs/M-9 , consulté le 20 octobre 2016.
et LOI sur les sages-femmes, Article 6, Québec, http://legisquebec.gouv.qc.ca/fr/ShowDoc/cs/S-0.1/, consulté le 20 octobre 2016.

(2) RIVARD, André. 2014. Histoire de l'accouchement dans un Québec moderne. Remue-Ménage.

(3) Politique de périnatalité québécoise 2008-2018 : Un projet porteur de vie. 2008. Ministère Santé et Services Sociaux, Québec, http://publications.msss.gouv.qc.ca/msss/document-000730/ , consulté 24 octobre 2016, p.44.

(4) ODENT Michel. 2016. L'humanité survivra-t-elle à la médecine, éditions Myriadis.

(5) Organisation Mondial de la Santé. 1996. Care in a Normal Birth : a pratical guide, http://www.who.int/maternal_child_adolescent/documents/who_frh_msm_9624/en/ , consulté 24 octobre 2016, p.8.

(6) ENSLER, Eve. 2012. The Vagina Monologes. HBO Special Edition DVD.

(7) GASKIN, Ina May. 2003. Ina May's Guide to Childbirth, Bantam Publisher.

(8) BUCKLEY, J Sarah. 2008. Gentle Birth, Gentle Mothering, Celestial Art Publisher

vendredi 21 octobre 2016

Le libre choix d'une présence à l'accouchement





Mon corps, ma sexualité.

Dans l'intimité, je choisis de faire mon enfant. Dans l'intimité, je choisis de donner naissance. La littérature scientifique nous apprend que l'accouchement est un acte sexuel (Odent, 1990; Buckley 1990) et je suis tout à fait d'accord.

Mon fils est né chez moi. C'est mon choix, très personnel et réfléchi. Faute de sage-femme ou de médecin correspondant à mes croyances, j'ai opté pour la simple présence de mon conjoint.
Personne ne touche à la sexualité des hommes.
Personne ne touche à la sexualité des hommes. Ne touchez pas à la mienne. « Toute personne a droit à la reconnaissance et à l’exercice, en pleine égalité, des droits et libertés de la personne, sans distinction, exclusion ou préférence fondée sur la race, la couleur, le sexe... » (article 10 de la Charte).
Si cela correspond à mes croyances, d'avoir une femme (doula, amie, cousine...) présente à mon accouchement (ou à tout autre moment dans ma sexualité), alors, cela m'appartient. Selon la Charte, ma liberté de conscience et d'opinion (article 3), ma dignité (article 4) et ma sexualité (égalité en matière de santé, article 86) sont des droits fondamentaux.
Alors, la présence d'une doula à mon accouchement est-il illégal?
Il existe une loi paternaliste et désuète qui suggère que l'accouchement est « réservé »...
Réservé à qui?
Réservé à moi, la femme, j'espère!
Eh bien, non! Le Collège des médecins et l'Ordre des sages-femmes sont les seuls autorisés à « pratiquer un accouchement spontanée ».

L'article 6 de la Loi sage-femme n'autorise pas les femmes à choisir une amie, une cousine, une doula ou un conjoint pour prendre soin d'elles; seuls les professionnels peuvent « surveiller et évaluer  la grossesse, le travail, l’accouchement » et « pratiquer un accouchement spontanée » .
Mon accouchement. Mon corps. Mon bébé. Mon vagin. Ma sexualité. Mon intimité. Ma dignité.
Un accommodement raisonnable.

Selon la Commission des droits de la personne et de la jeunesse, "l’accommodement raisonnable est un moyen utilisé pour faire cesser une situation de discrimination fondée sur le handicap, la religion, l’âge ou tout autre motif interdit par la Charte. L’accommodement raisonnable est une obligation. "
Il est discriminatoire que je ne puisse jouir de ma sexualité selon mes croyances et il est discriminatoire que je doive me soumettre à un accouchement supervisé par un spécialiste si cela enfreint ma dignité. Puisque la Commission des droits de la personne et de la jeunesse stipule que mes droits prévalent sur les lois et un accommodement raisonnable est une OBLIGATION, il est donc fondamental que toute femme ayant des valeurs et croyances autres que d'accoucher avec une sage-femme ou un médecin puisse obtenir un accommodement raisonnable.

Mon accouchement, ma sexualité

Chaque femme doit pouvoir choisir pour elle-même en matière de sexualité. La contraception et l'avortement appartiennent maintenant à la femme. Qu'attendons-nous pour rendre l'accouchement aux femmes?

Selon les études présentées par le Conseil du statut de la femme, lorsqu'il n'y a pas le libre choix de la femme en matière d'avortement (avortement illégal), celle-ci est en danger. Il en va de même pour l'accouchement. Lorsque la femme n'a pas le libre choix en matière d'accouchement, son vagin et sa dignité sont en danger.

En attendant qu'accoucher redevienne un acte légalement réservé à la femme, un accommodement raisonnable doit me permettre d'accoucher selon mes croyances, avec la personne de mon choix.

Jamais une personne (doula, amie, cousine...) ne devrait être coupable de sa présence à l'accouchement autonome d'une femme.




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Références :
BUCKLEY Sarah. 2008. Gentle Birth, Gentle Mothering, Celestial Arts Publisher, 352 pages.
Collège des médecins, Québec, http://www.cmq.org/publications/index.aspx, consulté le 20 octobre 2016.
Charte des droits et liberté de la personne C-12, Commision des droits de la personne et de la jeunesse, Québec, http://www.cdpdj.qc.ca/fr/droits-de-la-personne/responsabilites-employeurs/Pages/accommodement.aspx et http://legisquebec.gouv.qc.ca/fr/ShowDoc/cs/C-12 , consulté le 20 octobre 2016.

Loi sur les sages-femmes, Québec, http://legisquebec.gouv.qc.ca/fr/ShowDoc/cs/S-0.1/, consulté le 20 octobre 2016.
ODENT Michel. 1990. Water and sexuality, Penguin Books, 160 pages.
Ordre des sages-femmes du Québec, http://www.osfq.org/, consulté le 20 octobre 2016.

mercredi 5 octobre 2016

Notre école de quartier s’appelle Nakasuk





J'écris lentement, mes doigts sont encore glacés, je reviens de ma marche santé, Petit-Choux dort lové dans mon amautik, j'ai surestimé la température, le ciel clair me laissait entrevoir un espoir de chaleur, les fossés glacés ont trahi le soleil qui regarde la Terre d'un œil trop oblique pour réchauffer les pôles. Été comme hiver, ici au Nunavut, mes mitaines sont essentielles à ma survie!
Pour satisfaire la curiosité d'une amie fascinée par le Nord canadien, je suis allée photographier l'école des enfants. Il s'agit de l'hexagone blanc au toit rouge, sur cette photo, juste à côté de la cathédrale anglicane en forme d'igloo.


Notre école de quartier s’appelle Nakasuk. Voici quelques faits à propos de celle-ci :

1. Tous les mois de septembre, afin de satisfaire (et saturer) les parents bien intentionnés qui meurent d’envie de s’impliquer (moi), ceux-ci sont invités à quatre événements : la marche Terri Fox, la lecture d’un livre dans la classe de son enfant, le « Squich in de gym » où toute l’école s’entasse dans le gymnase pour lire en même temps et la soirée « Rencontrez votre enseignant » où chaque classe ouvre ses portes aux familles.

2. Parmi les nombreux enseignants de l'école Nakasuk, il y a des personnes âgées. « Ce ne sont pas tous les enseignants qui sont des aînés, mais tous les aînés sont des enseignants », explique une affiche dans l'école. Les valeurs traditionnelles inuites reconnaissent l'importance de « l'école de la vie » et le savoir des gens du troisième âge. Moi, je trouve cela beau! (clin d'oeil à mes grands-parents exceptionnels)


3. Cette école n'a rien de particulier... sauf sur la porte d'une classe de deuxième année, on peut y lire en grosses lettres : « Désolé pour le bruit et le désordre, mais nous sommes en train d'apprendre »; et au lieu d'enfants assis à des pupitres, en rang d'oignons, ils prennent place autour de petites tables rondes; et toute l'école participe au programme d'une demi-heure d'activité physique quotidienne (car, les études - et les mamans! -  sont unanimes sur les bienfaits de faire bouger les enfants); et chaque soir, chaque élève amène un livre à la maison; et mes enfants y apprennent deux langues étrangères (anglais et inuktitut); et la maternelle est à temps partiel; et ils y découvrent la culture locale avec émerveillement; et...

L'école Nakasuk n'est pas parfaite. Mais mes enfants y sont bien. Quand on me demande combien de temps nous comptons y rester, je me dis que la Terre est trop immense... pour ne voir que ça!


vendredi 9 septembre 2016

La Femme et l'Accoucheur

Voici un récit philosophique sur l’accouchement, inspiré de mes merveilleuses rencontres estivales...

Description des personnages :

L'Accoucheur :

Un « Accoucheur », c'est le terme utilisé sur les formulaires québécois d'acte de naissance pour désigner la principale personne présente pour « accoucher » une femme. Au Québec, la vaste majorité des accoucheurs sont des médecins, sauf pour environ 2% des naissances où ce sont des bachelières sagefemmes et quelques poussières dont l'accoucheur est le conjoint, une amie ou une bonne étoile.

La Femme :

Dans son sens large, un être humain aux chromosomes XX; le genre « féminin », celui qui a des ovaires, des seins, un utérus, un vagin et une vulve. La Femme, dans son sens libéré; celle qui croit en l'égalité entre l'homme et la femme, qui peut choisir la carrière ou la maison, qui peut être autonome financièrement, enfanter le nombre d'enfants qu'elle veut et gérer sa sexualité elle-même – du plaisir à la conception, à la mise au monde de ses enfants, au respect de soi – selon sa conscience et ses valeurs.


Conversation entre la Femme et l'Accoucheur


L'Accoucheur :

Félicitations pour ce beau bébé! Félicitations pour ton accouchement! Mais dis-moi, pourquoi n'es-tu pas venue me voir? Pourquoi avoir pris le RISQUE d'accoucher seule, chez toi?

La Femme :

J'y ai pensé, durant les neuf derniers mois, j'y ai pensé plus que vous ne pouvez vous l'imaginer, Accoucheur, à venir vous voir en accouchant. Cependant, j'ai aussi réfléchi aux nombreux risques que j'ai pris récemment : celui de me baigner dans des rivières, alors que, tous les étés, des gens s'y noient; celui de prendre ma voiture, alors que les accidents de la route sont si nombreux; celui d'accoucher seule, alors que mon corps a su comment unir un ovule et un spermatozoïde, implanter un œuf, le diviser de la manière parfaite pour créer un placenta, un petit cerveau, des membres, des organes... pourquoi mon corps qui a su accomplir un si merveilleux travail durant quarante semaines flancherait-il, tout d'un coup, lors de la mise au monde de ce nouvel être?


L'Accoucheur :

Je t'écoute, Femme. Je vois que tu as infiniment confiance en toi. Mais n'est-ce pas insouciant de ne pas croire en la MÉDECINE MODERNE?

La Femme :

Je suis de votre avis à propos de la médecine moderne, cher Accoucheur : j'ai la certitude que celle-ci est incroyable et porte dans ses bras tous les jours des cancéreux, des accidentés, des guerriers... La médecine moderne est merveilleuse! Et, je vous le jure que, si je me casse le bras, que mon enfant est gravement malade ou que j'en ressens le besoin en accouchant, je vous contacterai. Cependant, mon expérience et mes recherches me laissent croire en un nouveau paradigme de la naissance, où mettre au monde ses enfants n'est pas un acte médical, mais avant tout un acte sexuel, qui, par conséquent, est profondément intime.


L'Accoucheur :

J'ai assisté des centaines de naissances dans ma carrière, je connais le mot INTIMITÉ. J'ai pu observer comment certains accouchements progressent rapidement lorsque certaines femmes s'isolent dans la salle de bain ou sous la douche. Je te jure, j'aurais respecté ton intimité, j'aurais été le plus discret du monde, lorsque tu bâtissais ta bulle d'accouchement. Ne me fais-tu donc pas CONFIANCE?

La Femme :

Votre confiance est douce à mon cœur. Elle m'a bien préparé à mon accouchement et c'est avec confiance que j'ai accouché. La même confiance dont j'éprouve envers toutes les autres fonctions physiologiques de mon corps : digérer, m'endormir, réguler ma température, maintenir ma pression artérielle, accoucher... Et, si la femme en santé, celle dont toutes ses fonctions physiologiques fonctionnent bien, avait surtout besoin de cette confiance-là, celle en elle-même?


L'Accoucheur :

Tu veux dire, Femme, que tu crois que la vaste majorité des femmes est capable d'accoucher PAR ELLE-MÊME? Ne crois-tu pas qu'il y a des raisons évidentes pour lesquelles les accouchements ont lieu aujourd'hui dans les hôpitaux, ou du moins avec une sagefemme?

La Femme :

Je suis une Galilée des temps modernes qui ose remettre en doute ce que l'on tient pour acquis. L'histoire des accouchements au Québec[1], les nouvelles connaissances que nous avons sur les hormones de l'accouchement[2], l'amélioration des conditions d'hygiènes de nos sociétés modernes[3] et l'expérience de naissances non perturbées[4] nous mènent vers un nouveau paradigme des naissances, celui des accouchements autonomes.


L'Accoucheur :

Et ton conjoint? N'y as-tu pas pensé à SES PEURS de l'accouchement? À sa détresse lorsqu'il voit sa femme en douleur.

La Femme :

Comme vous avez raison, cher Accoucheur : accoucher est loin d'un geste anodin.

J’ai vécu un accouchement intense, mais la douleur de l'accouchement n’a jamais été supérieure à ce que mon corps de femme ne pouvait supporter et la nature m’a offert de doux repos d'endorphine après chaque vague puissante. Plus qu'une série de contractions de l'utérus, accoucher est une série de relâchement de celui-ci.

Et puisque l'homme-conjoint est présent dès le début de la conception d'un enfant, au plus profond de l'intimité de la femme-qui-crée-porte-et-accouche, dans la nudité mutuelle, n'est-ce pas normal que la naissance ait lieu dans cette même intimité? Est-ce l'homme qui sentira le bébé pousser dans son vagin pour en sortir? Est-ce ses abdominaux et son abdomen qu'on coupera, avec la plus grande minutie du monde, pour y sortir l'enfant, en cas de pépin? Est-ce à l'homme que l'on demande de montrer son pénis, timide et sacré, telle la vulve, devant des médecins lors de la mise en monde de ses enfants, lui qui a été impliqué sexuellement dès le commencement? Vous savez, si l'on demandait aux hommes de montrer leurs organes génitaux, comme on demande aux femmes de se mettre à nu, ils se lèveraient debout, regarderaient leurs amoureuses dans les yeux et diraient : « Mon amour, suis-moi, nous allons avoir notre enfant dans la même sensualité et grandeur que celle lorsque nous avons créé ce petit être. Depuis que le monde est monde, la femme sait. »


L'Accoucheur :

Chère Femme, notre conversation m'amène à de grandes RÉFLEXIONS... Dans notre monde moderne où l'éducation et l'autonomie sont à la portée de chacun, aujourd'hui, je t'offre mon titre. Soit une Femme-Accoucheuse, soit l'Accoucheur de toi-même. Mais, n'oublie jamais d'apprendre à nager avant d'aller à la rivière et d'apprendre à conduire avant de prendre la route. Bonne route.

« La sécurité ne se vend pas dans les supermarchés.

La sécurité existe à l’état pur, c’est toi qui te la donnes.

Pour une fois dans la vie, tu deviens l’artisane de toi-même.

Danielle MERCIER,  Au fil des jours – propos d’une sagefemme, p.51



[1] RIVARD, André, L’histoire de l’Accouchement au Québec, édition Remue-Ménage, 2015
[2] BUCKLEY, Sarah, Gentle Birth, Gentle Parenting,
[3] ST-ARMAND, Stéphanie, Séméiologie des accouchements.
[4] ODENT, Michel, Naître et renaître dans l’eau et autres ouvrages

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