dimanche 2 novembre 2014

L’accouchement d’Iriook, Arctique, 1940


Iriook et son nouveau-né,
page 90-91 de la version du livre Agaguk ci-mentionné.



Avez-vous lu Agaguk, ce classique de la littérature québécoise se déroulant dans le Grand Nord dans les années 1940? Voici un extrait de l’accouchement d’Iriook, femme d’Agaguk :

 « Ce fut d’abord un mal lourd venu des tréfonds de l’être, quasi imperceptible à l’origine. Iriook s’était raidie dans l’attente, mais la douleur était morte aussitôt, alors elle respira profondément. Ses doigts crispés sur la peau de caribou s’étaient à peine détendus que de nouveau le mal reprenait aux entrailles avec plus d’acuité. Alors elle gémissait faiblement, incapable d’étouffer en elle ces longues plaintes qui appelaient Agaguk.
Puis tout se taisait et le silence s’établissait dans l’igloo.
Du dehors ne venait que le sourd rugissement du vent, étouffé par les parois épaisses de l’habitation de glace.
            Et ainsi, pendant longtemps pour Iriook, s’établirent les alternances de paix et d’enfer. Agaguk assistait impuissant à cette lutte. »
(Yves Thériault, Agaguk, p.85)

Ensuite, ce chapitre « dégénère ». Yves Thériault suppose qu’Iriook accouche couchée, il suggère qu’Agaguk est si désemparé qu’il bat sa femme, il parle de « souffrances », de « douleurs continuent »...


Si Yves Thériault avait été une femme inuite…

En lisant les mémoires des grands-mères inuites nées dans la toundra et qui ont grandit avec un mode de vie encore nomade, les accouchements de cette époque semblent très différents de celui d’Iriook. 
Tiré de Birth on the Land – Memories of Inuit Elders and Traditional Midwifes ( O’Brien, 2012), voici l’avis de femmes inuites par rapport à l’accouchement (traduction libre):

L’attitude de la femme face aux contractions
« Elle a eu son bébé seule, quand tout le monde dormait. Elle a dit que c’était beaucoup plus calme, mieux et facile quand on accouche par soi-même… personne autour… dans une tente dans la nature. C’était l’été… personne n’a rien su à propos du bébé jusqu’à ce qu’ils se réveillent le matin. »

La position de la femme
« Puisque les bébés naissaient habituellement alors que la femme en travail se trouvaient dans une position accroupie et supportée, le diamètre du bassin était suffisamment large pour permettre au bébé de naître naturellement, avec l’aide de la gravité, plutôt qu’avec des mains ou des instruments de naissance guidant sa tête. Ainsi, les déchirements sévères durant l’accouchement étaient rares. »
  
La facette "normale" et saine des accouchements
« Un accouchement est quelque chose de naturel. Ce n’est pas quelque chose que tu as à bâtir, comme un gros immeuble coûtant six millions de dollars, parce qu’une grossesse n’est pas une maladie. C’est quelque chose de vraiment, vraiment sain. Et sa finalité, on doit la voir comme une finalité saine. »

Les déchirements dû à l’accouchement
« Certaines sages-femmes attribuent les périnées intacts à l’activité physique de la mère tout au long de sa grossesse et au fait qu’elle accouchait de plus petits bébés (saine alimentation et exercice). »

Le nécessaire à une naissance
« Tout ce que tu as besoin est un lit, peut-être même pas de lit. Peut-être un banc de naissance, peut-être une chaise... Si on donnait le choix à une femme, elle le ferait vraiment calmement, vraiment humblement. »

Le continuum de la vie
« La naissance et la mort étaient des événements entièrement intégrés à la vie en nature. Les aînés transmettaient leur expertise, rituel et croyance aux générations nouvelles par tradition orale. »




Note:

On peut se procurer le livre de Beverly O'Brien sur le site www.arcticcollege.ca


Références:

O’BRIEN, Berverly, Birth on the Land – Memories of Inuit Elders and Traditional Midwifes, Arctic College, Iqaluit, 2012 (traduction libre)

THÉRIAULT, Yves, Agaguk, éditeur Les Quinze, coll. Québec 10/10 Montréal, 1981, p.85)

Aucun commentaire:

Publier un commentaire

SUIVEZ CE BLOGUE... Environ 1 fois par semaine, j'écris sur le Nord, ma maternité...

"Ma mère, c'est la plus forte", un livre pour déconstruire nos peurs face à l'accouchement

"Ma mère, c'est la plus forte", un livre pour déconstruire nos peurs face à l'accouchement
"C'est l'histoire de la naissance de ma petite soeur" Mat - fils de l'auteure

Nombre de visiteurs