vendredi 12 décembre 2014

Mon accouchement: intensité, intimité et fierté




J'ai hésité avant de publier sur Internet mon récit d'accouchement, cela est tellement personnel.
Mais vous êtes plusieurs à me l'avoir demandé, et comme je crois que des histoires positives de femmes peuvent avoir un effet boule de neige dans le choix des femmes... voici!  


Un vent fou

Iqaluit. Un vent fou (65 km/h) fouette la maison, la neige vole de tous côtés. « Si c’est une petite fille, il faudra l’appeler Blanche! »

Mercredi soir. Quelques contractions s’installent, nous déplions une nappe et une vieille couverture sur mon matelas. 22 h. Je m’endors collée à mon chéri. Les contractions entrecoupent mon sommeil.

Dès le début, l’intensité de cette naissance m’impressionne. 23 h. Le bébé va naître cette nuit.
L’environnement est parfait : mon amoureux tendrement amoureux, les enfants dans un sommeil profond, la chandelle dans la salle de bain…

Tout m’est passé par la tête

  • Ouf, elle est vraiment intense, celle-là.
  • Respire doucement.
  • « Sors, bébé, sors »
  • Une minute, juste une minute, ce n’est pas long, une minute.
  • « Si on leur donnait le choix, les femmes accoucheraient très calmement, très humblement. » (sagesse inuite tirée du livre de B. O’Brien)  

Je me suis trompée

Je songeais à « Ma mère, c’est la plus forte »… j’avais omis la page dont la mère est submergée par les vagues, dont les vagues deviennent vraiment folles et intenses, dont la mère doit travailler très très fort, dont la mère doit s’accrocher, même si elle chavire…

Je me suis trompée en pensant que cet accouchement serait à l’image du précédent, qu’il serait rapide, qu’il serait doux, qu’il ressemblerait aux accouchements rêvés et accompagnés…  
Quand j’ai réalisé que tous les rythmes sont possibles, que cet accouchement serait unique et que l’intensité serait bel et bien présente… soudain, je me suis sentie beaucoup moins brave.

Mon bébé n’est pas né cette nuit-là.

Le soleil se lève. Jeudi. Une journée lente, parsemée de contractions irrégulières. Incapable de manger ou de sortir de la maison. Recherche de confort.

Bébé a 36 semaines de gestation. Doit-il naître maintenant ou tout ce travail s’arrêtera? Je n’avais plus aucune attente. Hum, mieux valait annuler mon « blessingway » qui se tenait ce soir-là.

Mes grands ont joué merveilleusement toute la matinée et des amis extraordinaires en ont pris soin en après-midi et pour le souper. Au retour à la maison, ils ont demandé: « Est-ce que le bébé est né? » Ils se sont couchés sans un mot.

Mon amoureux

Prise 2. Nuit de jeudi à vendredi. Nous nous couchons collés l’un contre l’autre, sur les airs de Fred Pellerin. 21 h. Les contractions reviennent aux 3 chansons.

Je me rappelle lorsque mon chéri m’a dit : « t’es belle! »
Et aussi, « une à la fois. »
Et lorsqu’il a su faire silence, aussi.

Je me rappelle la douceur de l’eau qu’il versait sur mon dos dans notre bain trop étroit.
De sa main chaude au bas de mon dos, à l’endroit exact où ça soulage tout.
Et de ses caresses,
De sa douceur,
De son calme,
De sa patience,
De sa présence,
De son amour.
Il a été merveilleux.

L’intensité m’a surprise

C’est le début le pire. On oublie la force, on idéalise, on se dit qu’on l’a déjà fait… Pourtant, l’intensité est… intense. Cette nuit, je ne voulais m’épuiser comme la précédente. Je suis restée couchée… jusqu’à ce que je sente le besoin de m’agenouiller à côté du lit. Une contraction à la fois, je m’agenouillais puis m’allongeais de nouveau lorsque celle-ci s’évaporait. Quel calme, je me rendormais, je crois.

Une autre solution

Être à genoux, avoir la main de mon amoureux dans le bas du dos, être aimé… plus rien ne suffisait. Comme j’ai regretté de ne pas avoir commandé une piscined’accouchement. Un petit pas à la fois, je me suis rendue au bain. Là non plus, je n’étais plus bien. Dans notre maison parsemée de vieilles couvertures et serviettes, je me suis rendue au salon, me tenant debout appuyée sur une chaise.

J’avais envie d’être seule, sans personne à qui me plaindre, sans personne tout court. C’est là, avec moi-même, que j’ai poussé, comme pour aller à la selle. La poche d’eau a éclaté d’un coup sur le sol. Mon chéri m’a rejointe. Quelques minutes plus tard, j’ai poussé la tête. 3 h du matin. La contraction suivante, le corps tout entier est sorti tout seul, d’un coup, dans les mains de papa qui a dit « c’est un petit gars! »

Je me suis assise sur le divan, j’ai pris le bébé, il a pleuré, il était réveillé. J’ai demandé qu’on aille réveiller les enfants. C’était un merveilleux accouchement familial.

Je suis tellement fière de moi, de nous.
De son calme, de sa patience.
De mon calme, de ma patience.

Les heures suivantes

Ce n’est pas parce que le bébé est né que l’accouchement est terminé.
Les enfants sont retournés se coucher et, dans mon lit, j’ai mis mon bébé au sein. Il était encore relié à moi. Comme je le souhaitais, nous attendrions au moins 4 heuresavant de couper le cordon.

Le placenta est né une heure plus tard. Nous l’avons déposé dans un saladier à côté du lit. Au petit matin, c’est en famille que nous avons attaché le cordon ombilical et mon grand l’a coupé. J’ai gardé une empreinte du placenta, comme l’a dit une amie: « C'est tellement riche de sens. »



Épilogue

Environ 28 heures sont passées de la première grosse vague à la naissance. Pourtant, je n’ai jamais senti que c’était trop. Le deuxième soir de travail, j’ai cherché à l’intérieur de mon cœur pourquoi le bébé n’était pas né la veille. J’avais confiance et cherchais le sens de cette phrase de la sage-femme Karine Langlois exprimé dans un contexte où la femme accouche dans toute sa puissance…

« La femme est responsable de l’issue de son accouchement. »


Bibliographie:
O’BRIEN, Berverly, Birth on the Land – Memories of Inuit Elders and Traditional Midwifes,Arctic College, Iqaluit, 2012 (traduction libre)

DURAND, Cynthia, Ma mère, c'est la plus forte - une histoire sur la naissance, autoédité, Iqaluit, 2014, 32 pages.

LANGLOIS, Karine, http://www.karinelasagefemme.com/
  

4 commentaires:

  1. Merci beaucoup de ce magnifique témoignage.mon coeur de sage-femme pionnière est touché par ta grâce, ta confiance, ta force.
    Merci encore

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    Réponses
    1. Wow, ça fait vraiment plaisir d'avoir un message d'une sage-femme. merci pour ce beau commentaire, Mme Champagne.

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  2. Quel beau récit. Mes larmes coulent. Cette grossesse-ci, je n'ai pas lu d'autre récit que le tien. Il me suffit.

    Et bientôt je ferai ma propre rencontre avec le prochain petit être qui chamboulera ma vie pour le mieux!

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