dimanche 27 septembre 2015

ANA (2e partie): Des questions indiscrètes

Voici la suite de l'entrevue réalisée auprès de Rachel, qui a choisi d'accoucher à domicile. Faute d'avoir une sage-femme près de chez elle, elle a opté pour un accouchement non assisté (ANA). 


Le fils de Rachel, à environ 5 heures de vie. (Lotus birth)


Partie 1: 
http://www.cynthiadurand.ca/2015/08/choisir-daccoucher-seule-temoignage.html


Partie 2: 


Bonjour Rachel,

Lors de la première partie de cette entrevue, nous avons beaucoup parlé de la naissance de ton enfant... Quelques mois plus tard, est-ce que tu te décrirais comme une militante de l'accouchement naturel? 

Rachel: Je suis plutôt une militante silencieuse, qui fait passer un message en vivant selon mes convictions, pas vraiment en parlant.
Une semaine après la naissance de mon fils, j'ai commencé à m'impliquer dans le nouveau comité citoyen pour une maison de naissance pour Sept-Îles, Naissance boréale.



Tu aimerais la présence de sages-femmes pour ta prochaine grossesse/accouchement?


Au lieu d'avoir un suivi avec un docteur, j'essaierais peut-être un suivi de sage-femme, si je décide que j'en veux un. Je veux que toutes les femmes aient tous les choix. Si la normalisation de l'accouchement physiologique est souhaitée, il faut y avoir le plus de possibilités pour tout le monde. Chaque duo "mèrenfant" est infiniment unique et il serait impossible de croire que seul l'hôpital est capable d'advenir aux différents besoins des familles. 


Question indiscrète...
Quand tu as accouché, est-ce qu'il y a un moment où tu as vécu ce que Isabelle Brabant appelle "le mur du marathonien"? Un genre d'intensité, trop intense?
J'avais lu que lorsqu'il y avait un moment très intense, que la femme ne se sent plus capable de continuer, elle se retrouvait probablement en période de transition, juste avant la poussée.
Durant l'accouchement, j'avais constamment une conversation interne: 

  • "Est-ce que c'est trop intense? Je me parle, donc, ça ne doit pas être trop pire" 
  • "Est-ce que je peux passer à travers celle-ci? On verra dans deux minutes" 
  • "Seront-elles encore plus dures à passer au travers?" 
  • "Celle-ci était intense, mais je n'ai pas eu trop de misère."
J'attendais le mur. Je le voulais, le réclamais, car mon bébé était de l'autre côté.
Je crois que si les femmes savaient que c'est normal de se sentir à bout, qu'il s'agit d'une indication de progrès, elles pourraient se ressourcer en elles-mêmes pour passer à travers.
Je voulais le voir, ce mur, donc, il n'est plus resté "géant" comme une peur. Il s'est rapetissé pour que je puisse facilement voir l'autre côté.

Tu n'avais pas peur que ce soit illégal? Que la DPJ débarque chez toi? Que tu ne puisses pas avoir d'acte de naissance pour l'enfant?

Je savais déjà que ce n'était pas illégal (lire Mamanzine 2014), mais question paperasse, ça me stressait beaucoup. Une de mes accompagnantes à la naissance m'a ajouté à un groupe Facebook qui m'a beaucoup conseillé pour la paperasse - donc j'étais toute prête bien avant la naissance. J'ai toujours eu des difficultés avec les papiers gouvernementaux... mais, je peux honnêtement dire que cette fois-ci était probablement la moins compliquée!
Pour les jugements, les problèmes légaux à plus long terme, je me suis dit que si quelqu'un me rencontre et voit mon fils, il saura que tout est correct. Je fais confiance aux gens, en la vie. Je n'ai jamais pensé que ce que je faisais était mal pour quiconque. Je ne fais pas la promotion de l'ANA, mais si je me fais approcher par quelqu'un qui considère sérieusement cette possibilité, je suis contente qu'elle ait quelqu'un pour en discuter.
Finalement, quel conseil donnerais-tu à quelqu'un qui te dit: "J'aimerais vraiment accoucher comme toi, mais je ne sais pas si je serais capable..."

Ce n’est pas plus difficile d'accoucher dans un lieu ou un autre; il va falloir que tu accouches de toute façon. 

Les autres options sont toujours offertes à toi - tu peux toujours prendre la décision d'être transférée à l'hôpital. Il faut que tu te poses des questions: 

  • Est-ce que je me sens en sécurité seule chez nous? 
  • Est-ce que je me sens bien entourée, que j'ai le support dont j'ai besoin si je me sens dépassée? 
  • Est-ce que je me sens bien informée, que bien outillée? 
  • Est-ce que je suis prête à assumer toutes les possibilités d'un enfantement, d'accepter les risques? 

Si oui, je ne vois pas pourquoi tu ne serais pas capable. Jamais je ne regretterai mon choix d'accueillir mon bébé seule avec mon conjoint chez nous - c'était un temps si beau, une mémoire si douce, pleine d'émotions et d'émerveillement de la vie. C'est le moment dans ma vie qui me donne le plus de fierté, qui a augmenté ma confiance en moi-même de mille fois.

Merci énormément Rachel,
ton partage est précieux.
Félicitations encore.

Cynthia :)

mardi 15 septembre 2015

En famille sur la Terre de Baffin (Nunavut)



Sous notre maison, à travers les pilotis d’acier enfoncés dans le pergélisol, les enfants jouent dans leur « treehouse » - nom bien paradoxal pour une cabane d’enfants en cette île sans arbres. / Nous sommes allés à la mer voir les quelques icebergs qui gisent sur la plage à cause d’un été catastrophiquement trop froid. / Sur les berges de la Baie de Frobisher, des tracteurs-mastodontes travaillent au rythme des marées à vider l’immense bateau-cargo qui doit continuer sa route vers d’autres communautés isolées. / Avant d’actionner ma laveuse, je fais un détour dans ma salle des machines pour vérifier la quantité d’eau restante à mon réservoir d’environ 350 gallons. / Au centre des visiteurs, l’ours polaire naturalisé – animal qui a visité notre ville cet été - impressionne les enfants. / La gentille bibliothécaire - native du Nunavut - prend soin de mon bébé pendant que je termine ce billet.

Voilà pourquoi nous sommes venus nous établir dans le Grand Nord : pour permettre aux enfants de voir, goûter et vivre des expériences uniques, pour élargir leurs (et nos) horizons, pour connaître un autre rythme, une autre culture… puis juste pour le plaisir de sortir de chez soi! Certains appellent cela la « pédagogie de l’ailleurs » ou le voyage avec les enfants… Personnellement, ce petit bout de paradis est lentement devenu un lieu de travail, un lieu de loisir et, un petit peu, un autre chez-nous.

À bientôt,

Cynthia !


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"Ma mère, c'est la plus forte", un livre pour déconstruire nos peurs face à l'accouchement

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"C'est l'histoire de la naissance de ma petite soeur" Mat - fils de l'auteure

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