jeudi 3 décembre 2015

Accoucher chez soi, simplement et dans l’eau

Rencontre avec Emmanuelle

Photo de la collection personnelle d'Emmanuelle. SVP respectez la Loi sur les droits d'auteur (comme pour tout le contenu de ce blog) et n'utilisez qu'avec la permission de la concernée.


J'ai rencontré Emmanuelle l'été dernier, alors qu'elle portait son cinquième enfant. En tant que passionnées, nous avons parlé d'accouchement sous toutes ses couleurs : naturel, fort, libre, intense, dans l'eau, sauvage, familial…Quelques mois plus tard, j'ai eu la grande nouvelle de savoir qu'elle avait réalisé un accouchement libre, à domicile et dans l'eau!


                               « Accoucher sans assistance médicale, ce n’est pas 
                               agir par quelque obstination excentrique, mais avec 
                              la FORCE naturelle et le caractère sacré qui jaillit 
                              d’une confiance inébranlable dans le processus de la VIE. »      - Emmanuelle

Emmanuelle, quand as-tu désiré accoucher dans l'eau pour la première fois?

Depuis ma première grossesse. En fait, je ne voulais pas accoucher à l’hôpital, j'avais terriblement peur de cette option. Quand je rentre là, j'ai la nausée, j'angoisse, je ne me sens pas du tout bien. Je sais que ça vient du temps où j'étais petite et je devais aller à Ste-Justine régulièrement pour une maladie chronique. Donc, je me suis informée sur d'autres alternatives, je faisais des recherches sur l'accouchement dans l'eau, quand je suis tombée par hasard sur les maisons de naissance (MDN) avec sages-femmes. Je ne savais même pas que ça existait au Québec. J'ai pris rendez-vous, j'ai été charmée par la visite, les chambres de naissance avec un bain dedans. J’ai demandé un suivi et j’ai tout de suite souhaité accoucher dans l’eau.

Alors, tes cinq enfants sont nés dans l'eau?

1er accouchement. Quand mon travail a débuté et que je suis arrivée à la MDN, j’ai tout de suite demandé à aller dans le bain. Après plus d’une heure trente de poussée dans l’eau, les contractions s’espaçaient, l’eau chaude ralentissait mon travail, alors mes sages-femmes m’ont demandé de sortir du bain pour que je m’installe dans le lit, j’étais déçue, mais je me suis souvenue d’un passage du livre d’Isabelle Brabant qui disait que, parfois, l’on doit sacrifier une position plus confortable pour une position plus douloureuse, mais qui est plus efficace pour faire avancer le travail, alors, j’ai accepté de sacrifier l’eau que j’aimais, qui me faisait sentir trop bien, pour que mon accouchement se poursuivre. Mon premier amour est né dans le lit. 

Pour diverses raisons, les sages-femmes m'ont également demandé de sortir de l'eau à mon 2e accouchement et 3e accouchement. 

À la 4e grossesse, j’ai pu pousser mon bébé dans l’eau. L’eau: l’endroit où je me sens si bien. J’ai vraiment aimé cette expérience. La seule chose qui manquait était… être chez moi. 

5e accouchement : j’ai pu enfin vivre un rêve : accoucher chez moi, simplement et dans l’eau. Ce fut un accouchement simple, merveilleux, naturel, normal et je me sentais si bien!

D'où est née l'idée d'un accouchement non assisté (ANA)?

L'idée d'un accouchement non assisté est née à la base d'une frustration, d'une déception en lien avec le fait que je n'étais pas admissible pour un accouchement à domicile, étant hors territoire de la MDN depuis mon déménagement. Je crois fermement qu'une femme en travail ne devrait pas se déplacer si elle n'en a pas envie, elle devrait pouvoir accoucher là où elle veut, avec qui elle veut et le faire selon ce qu'elle sent.

Ce fut un long cheminement. À ma 5e grossesse, je ne pouvais plus taire cette voix hurlant à l'intérieur de moi, je DEVAIS accoucher chez moi, je ne pouvais pas supporter l'idée que ça soit autrement que dans ma maison, avec mon amoureux, entourée de mes enfants. Je me suis alors préparé pour un ANA, j'ai beaucoup lu, j'ai rencontré des femmes extraordinaires qui l'ont vécu, qui ont pris le temps d'écouter mon désir, qui m'ont appuyée là-dedans. Mon conjoint et moi en avons beaucoup parlé et nous étions vraiment prêts à cette éventualité. C'était un choix éclairé. Finalement plus tardivement dans ma grossesse, j’ai rencontré deux sages-femmes reconnues par l'Ordre, qui étaient prêtes à m'assister à domicile comme elle le font pour les Québécoises qui habitent sur le territoire d'une maison de naissance. J'ai poursuivi ma route avec elles, je leur en suis éternellement reconnaissante d’avoir entendu mon désir. Mais, je n'arrivais pas à faire taire cette voix puissante à l'intérieur de moi, ça sortait de mes tripes, je voulais le vivre. Je continuais à m’informer, à lire des récits d’ANA, à visionner des vidéos, etc. J'ai laissé ça planer un peu...
"Je ne me suis jamais sentie aussi féminine et libre qu’à ce moment-là"

Et le jour venu…

Le jour venu, je me sentais tellement bien, dans mon élément qu’à ce moment précis, je voulais le vivre ainsi, avec les personnes les plus importantes dans ma vie.
C’était devenu comme une évidence, je me sentais en totale confiance en la vie. Je n'ai pas senti le besoin d’appeler qui que ce soit, même pas un accompagnateur pour les enfants ou une sage-femme (comme il était convenu, j'avais beaucoup cheminé et je me sentais en sécurité et bien auprès de mon conjoint). Nada. Rien. Un désir seulement: faire ça avec mon amoureux et ne pas déstabiliser le quotidien de mes enfants. Alors je me suis écoutée totalement et entièrement, sans aucune contrainte. Juste moi, mon instinct, mes hormones, mon corps, mon bébé et ma famille. Je ne me suis jamais sentie aussi féminine et libre qu’à ce moment-là.

Ton bébé est né dans l'eau?

Nous avions installé une écharpe au-dessus de ma piscine d'accouchement pour que je puisse m’agripper. Cette écharpe fut un outil fantastique. C’était vraiment génial. J’avais d’un côté mon homme, mon pilier dans cette tempête, je pouvais me laisser molle sur lui ou m’agripper à lui, comme je le sentais et me suspendre dans les airs quand j'en ressentais le besoin. J’étais donc libre de choix, de mouvements, selon ce que mon corps me dictait, selon mes ressentis. Je me sentais active dans ma poussée, plus active que mes autres accouchements. Je me sentais libre, cette liberté que tout mon corps m’appartient, que c’est moi et uniquement MOI qui accouche, sans contraintes extérieures, tout émanait de MES choix, de ce que je ressentais dans mon corps, c’était puissant, tellement puissant! Puis les sensations sont devenues plus fortes, je sentais la vague venir au loin puis la sensation de poussée ensuite. Finalement, mon bébé est né là où je le souhaitais!

Avez-vous écouté le coeur du bébé ou fait d'autres interventions durant l'accouchement?

Non, je n'ai pas senti le besoin de faire de touchers vaginaux, d'écouter le cœur du bébé, de calculer mes contractions ou quoi que ce soit d'autre. J'ai juste écouté mon corps, les sensations, mon ressenti, mon instinct, c'était tout ce que je devais savoir. D'ailleurs, j'avais fait mon plan de naissance avec mon amoureux et il savait que l'unique chose à faire était de faire exactement ce que je demandais de faire.

Comment te sens-tu face à cet accouchement?

Je suis tellement heureuse de cette magnifique et dernière naissance, qui m'a rendue plus forte envers moi-même, dans le sens de confiance en mon corps, de lâcher-prise et de laisse-aller total envers tout, envers tout ce qui pourrait... envers mes peurs, mes angoisses, envers l’inconnu… Un énorme travail a été fait, un très long processus, cheminement à travers 4 autres expériences d’accouchement, envers plusieurs rencontres de femmes merveilleuses et inspirantes, envers plusieurs recherches, lectures et documentations… il est né d’un choix éclairé….
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As-tu rencontré d'autres femmes ayant également donné naissance en famille?

Oui, quelques-unes par l'entremise d'Internet, sur des forums et lors d'un blessingway  j'ai rencontré trois femmes qui avaient vécu un ANA. J'admirais tellement les femmes qui l'avaient fait avant moi, ça m'inspirait beaucoup, mais je me disais que je n'aurais jamais ce courage. Aujourd'hui, je réalise que ce n'est pas du tout du courage, mais juste de la confiance, de la sérénité et un choix, c’est juste un désir, un désir d’instinct, de naturel, une écoute envers notre corps, notre bébé, une écoute de la vie.  Un désir de vivre une expérience en étant complètement et totalement à l’écoute de soi-même.

Félicitation Emmanuelle et 
Merci énormément pour ce partage intime et précieux.



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