lundi 31 octobre 2016

Accoucher : un acte médical?




À tout moment, de notre vie, nous avons le droit de choisir, hommes et femmes, des traitements que l'on juge pertinents à notre santé. Nous pouvons consulter un médecin, un naturopathe, un chiropraticien, un proche, un livre… ou personne, selon notre propre jugement, nos croyances et notre situation unique. En fait, il y a une exception à cette règle de liberté, une loi injuste (1) pour les femmes et assez récente dans l'histoire (2) qui dicte que l'accouchement est un acte réservé, un acte médical, que seuls les médecins, gynécologues-obstétriciens ou sages-femmes sont autorisés à le pratiquer. La femme n'a plus le droit, durant ses contractions, de sa liberté fondamentale de choisir pour elle-même. Moi qui pensais que mon vagin m'appartenait... La question se pose :

Est-ce qu'accoucher est un acte médical?

Non, pas nécessairement.

  • Tout d'abord, d'un point de vue physiologique (naturel), l'accouchement se rapproche plus d'un événement normal que médical.
  • Ensuite, les connaissances actuelles permettent à l'humain de surveiller ses signes vitaux lui-même sans qu'il s'agisse d'acte médical.
  • Finalement, tout ce qui implique le vagin devrait être considéré d'un angle sexuel.


L'accouchement d'un point de vue physiologique
En 2008, le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec affirme que « l’accouchement est un événement physiologique naturel qui n’implique pas, a priori, d’interventions médicales. » (3). Le terme « physiologique » désigne tout ce qui fait partie du fonctionnement normal de notre corps (le maintien de notre température, la digestion...) Basé sur de récentes recherches, Michel Odent compare l'accouchement à l'endormissement, deux processus naturels nécessitent un sentiment de sécurité et un environnement calme (4). Selon l'OMS, 70 à 80% des accouchements devraient être considérés comme normaux (5).

La surveillance de l'accouchement
En utilisant les sens du toucher et la vue, chacun observe quotidiennement l'état de ses proches (teint du visage, température corporelle élevée détectée par le toucher, état amorphe…) Il est également possible de se procurer un thermomètre ou un stéthoscope et d'utiliser ces instruments « médicaux » chez soi sans faire de diagnostic ni d'acte médical. Pourquoi ces gestes deviennent-ils soudainement des actes médicaux durant les quelques heures que la femme a des contractions?
Il en va de même pour les touchers vaginaux: tout adulte peut se toucher lui-même l'intérieur du vagin dans son intimité, seul ou avec un autre adulte consentant à tout moment de sa vie...
Au-delà d'une loi paternaliste voulant que les gynécologues-obstétriciens, les médecins et les sages-femmes soient les seuls aptes à  « surveiller et évaluer  la grossesse, le travail, l’accouchement » (1), il faut se rendre à l'évidence que l'humain – dans notre cas, la femme qui accouche – a des informations sur son corps que seule celle-ci ressent. Et, tout comme à d'autres moments de sa vie, elle a le jugement de choisir entre se diriger vers un hôpital si elle est inquiète, demeurer chez elle si elle se sent bien ou encore téléphoner à la personne de son choix pour l'accompagner ou simplement avoir des conseils d'amis.

L'implication du vagin dans l'accouchement
Lors de l'écriture de la célèbre pièce de théâtre Les Monologues du Vagin, les femmes interviewées à propos de leur vagin parlaient de viols, de honte, de dignité... et d'accouchements. (6) La sage-femme Ina May Gaskin rappelle constamment dans ses ouvrages que le vagin est un organe « timide » et qu'il faut continuellement garder cela en tête pour faciliter un accouchement. Elle nous explique que, comme à tout autre moment de sa vie sexuelle, la composante psychologique est fondamentale lors d'un accouchement. (7) Surtout, parmi les nombreuses similitudes entre faire l'amour et accoucher, la libération hormonale impliquée lors de ces deux moments (particulièrement l'ocytocine et l'endorphine) est une importante découverte scientifique qui lie désormais la sexualité à l'accouchement. (8)

Accoucher ne devrait pas être considéré comme un acte médical
Considérant l'aspect naturel de l'accouchement, la capacité des femmes à s'observer elle-même ainsi que l'aspect sexuel de l'accouchement, il semble évidant qu'il y a une « erreur » fondamentale à considérer systématiquement tout accouchement comme un acte médical. Il est anticonstitutionnel que nos lois interdissent les femmes d'agir selon leur propre choix.

Tout comme les athlètes de haut niveau, les femmes enceintes sont souvent suivies par un professionnel. Est-ce que cela fait de toute performance sportive un acte médical? Tel que nous admirons les athlètes pour aller au bout d'eux-mêmes, nous devrions admirer la grandeur de l'accouchement.


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Références:


(1) LOI médicale, Article 31, Québec, http://legisquebec.gouv.qc.ca/fr/showdoc/cs/M-9 , consulté le 20 octobre 2016.
et LOI sur les sages-femmes, Article 6, Québec, http://legisquebec.gouv.qc.ca/fr/ShowDoc/cs/S-0.1/, consulté le 20 octobre 2016.

(2) RIVARD, André. 2014. Histoire de l'accouchement dans un Québec moderne. Remue-Ménage.

(3) Politique de périnatalité québécoise 2008-2018 : Un projet porteur de vie. 2008. Ministère Santé et Services Sociaux, Québec, http://publications.msss.gouv.qc.ca/msss/document-000730/ , consulté 24 octobre 2016, p.44.

(4) ODENT Michel. 2016. L'humanité survivra-t-elle à la médecine, éditions Myriadis.

(5) Organisation Mondial de la Santé. 1996. Care in a Normal Birth : a pratical guide, http://www.who.int/maternal_child_adolescent/documents/who_frh_msm_9624/en/ , consulté 24 octobre 2016, p.8.

(6) ENSLER, Eve. 2012. The Vagina Monologes. HBO Special Edition DVD.

(7) GASKIN, Ina May. 2003. Ina May's Guide to Childbirth, Bantam Publisher.

(8) BUCKLEY, J Sarah. 2008. Gentle Birth, Gentle Mothering, Celestial Art Publisher

vendredi 21 octobre 2016

Le libre choix d'une présence à l'accouchement





Mon corps, ma sexualité.

Dans l'intimité, je choisis de faire mon enfant. Dans l'intimité, je choisis de donner naissance. La littérature scientifique nous apprend que l'accouchement est un acte sexuel (Odent, 1990; Buckley 1990) et je suis tout à fait d'accord.

Mon fils est né chez moi. C'est mon choix, très personnel et réfléchi. Faute de sage-femme ou de médecin correspondant à mes croyances, j'ai opté pour la simple présence de mon conjoint.
Personne ne touche à la sexualité des hommes.
Personne ne touche à la sexualité des hommes. Ne touchez pas à la mienne. « Toute personne a droit à la reconnaissance et à l’exercice, en pleine égalité, des droits et libertés de la personne, sans distinction, exclusion ou préférence fondée sur la race, la couleur, le sexe... » (article 10 de la Charte).
Si cela correspond à mes croyances, d'avoir une femme (doula, amie, cousine...) présente à mon accouchement (ou à tout autre moment dans ma sexualité), alors, cela m'appartient. Selon la Charte, ma liberté de conscience et d'opinion (article 3), ma dignité (article 4) et ma sexualité (égalité en matière de santé, article 86) sont des droits fondamentaux.
Alors, la présence d'une doula à mon accouchement est-il illégal?
Il existe une loi paternaliste et désuète qui suggère que l'accouchement est « réservé »...
Réservé à qui?
Réservé à moi, la femme, j'espère!
Eh bien, non! Le Collège des médecins et l'Ordre des sages-femmes sont les seuls autorisés à « pratiquer un accouchement spontanée ».

L'article 6 de la Loi sage-femme n'autorise pas les femmes à choisir une amie, une cousine, une doula ou un conjoint pour prendre soin d'elles; seuls les professionnels peuvent « surveiller et évaluer  la grossesse, le travail, l’accouchement » et « pratiquer un accouchement spontanée » .
Mon accouchement. Mon corps. Mon bébé. Mon vagin. Ma sexualité. Mon intimité. Ma dignité.
Un accommodement raisonnable.

Selon la Commission des droits de la personne et de la jeunesse, "l’accommodement raisonnable est un moyen utilisé pour faire cesser une situation de discrimination fondée sur le handicap, la religion, l’âge ou tout autre motif interdit par la Charte. L’accommodement raisonnable est une obligation. "
Il est discriminatoire que je ne puisse jouir de ma sexualité selon mes croyances et il est discriminatoire que je doive me soumettre à un accouchement supervisé par un spécialiste si cela enfreint ma dignité. Puisque la Commission des droits de la personne et de la jeunesse stipule que mes droits prévalent sur les lois et un accommodement raisonnable est une OBLIGATION, il est donc fondamental que toute femme ayant des valeurs et croyances autres que d'accoucher avec une sage-femme ou un médecin puisse obtenir un accommodement raisonnable.

Mon accouchement, ma sexualité

Chaque femme doit pouvoir choisir pour elle-même en matière de sexualité. La contraception et l'avortement appartiennent maintenant à la femme. Qu'attendons-nous pour rendre l'accouchement aux femmes?

Selon les études présentées par le Conseil du statut de la femme, lorsqu'il n'y a pas le libre choix de la femme en matière d'avortement (avortement illégal), celle-ci est en danger. Il en va de même pour l'accouchement. Lorsque la femme n'a pas le libre choix en matière d'accouchement, son vagin et sa dignité sont en danger.

En attendant qu'accoucher redevienne un acte légalement réservé à la femme, un accommodement raisonnable doit me permettre d'accoucher selon mes croyances, avec la personne de mon choix.

Jamais une personne (doula, amie, cousine...) ne devrait être coupable de sa présence à l'accouchement autonome d'une femme.




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Références :
BUCKLEY Sarah. 2008. Gentle Birth, Gentle Mothering, Celestial Arts Publisher, 352 pages.
Collège des médecins, Québec, http://www.cmq.org/publications/index.aspx, consulté le 20 octobre 2016.
Charte des droits et liberté de la personne C-12, Commision des droits de la personne et de la jeunesse, Québec, http://www.cdpdj.qc.ca/fr/droits-de-la-personne/responsabilites-employeurs/Pages/accommodement.aspx et http://legisquebec.gouv.qc.ca/fr/ShowDoc/cs/C-12 , consulté le 20 octobre 2016.

Loi sur les sages-femmes, Québec, http://legisquebec.gouv.qc.ca/fr/ShowDoc/cs/S-0.1/, consulté le 20 octobre 2016.
ODENT Michel. 1990. Water and sexuality, Penguin Books, 160 pages.
Ordre des sages-femmes du Québec, http://www.osfq.org/, consulté le 20 octobre 2016.

mercredi 5 octobre 2016

Notre école de quartier s’appelle Nakasuk





J'écris lentement, mes doigts sont encore glacés, je reviens de ma marche santé, Petit-Choux dort lové dans mon amautik, j'ai surestimé la température, le ciel clair me laissait entrevoir un espoir de chaleur, les fossés glacés ont trahi le soleil qui regarde la Terre d'un œil trop oblique pour réchauffer les pôles. Été comme hiver, ici au Nunavut, mes mitaines sont essentielles à ma survie!
Pour satisfaire la curiosité d'une amie fascinée par le Nord canadien, je suis allée photographier l'école des enfants. Il s'agit de l'hexagone blanc au toit rouge, sur cette photo, juste à côté de la cathédrale anglicane en forme d'igloo.


Notre école de quartier s’appelle Nakasuk. Voici quelques faits à propos de celle-ci :

1. Tous les mois de septembre, afin de satisfaire (et saturer) les parents bien intentionnés qui meurent d’envie de s’impliquer (moi), ceux-ci sont invités à quatre événements : la marche Terri Fox, la lecture d’un livre dans la classe de son enfant, le « Squich in de gym » où toute l’école s’entasse dans le gymnase pour lire en même temps et la soirée « Rencontrez votre enseignant » où chaque classe ouvre ses portes aux familles.

2. Parmi les nombreux enseignants de l'école Nakasuk, il y a des personnes âgées. « Ce ne sont pas tous les enseignants qui sont des aînés, mais tous les aînés sont des enseignants », explique une affiche dans l'école. Les valeurs traditionnelles inuites reconnaissent l'importance de « l'école de la vie » et le savoir des gens du troisième âge. Moi, je trouve cela beau! (clin d'oeil à mes grands-parents exceptionnels)


3. Cette école n'a rien de particulier... sauf sur la porte d'une classe de deuxième année, on peut y lire en grosses lettres : « Désolé pour le bruit et le désordre, mais nous sommes en train d'apprendre »; et au lieu d'enfants assis à des pupitres, en rang d'oignons, ils prennent place autour de petites tables rondes; et toute l'école participe au programme d'une demi-heure d'activité physique quotidienne (car, les études - et les mamans! -  sont unanimes sur les bienfaits de faire bouger les enfants); et chaque soir, chaque élève amène un livre à la maison; et mes enfants y apprennent deux langues étrangères (anglais et inuktitut); et la maternelle est à temps partiel; et ils y découvrent la culture locale avec émerveillement; et...

L'école Nakasuk n'est pas parfaite. Mais mes enfants y sont bien. Quand on me demande combien de temps nous comptons y rester, je me dis que la Terre est trop immense... pour ne voir que ça!


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"Ma mère, c'est la plus forte", un livre pour déconstruire nos peurs face à l'accouchement

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