lundi 24 avril 2017

Lettre à ma grand-mère

"aucun n'arbre ne prend racine sur cette île rocheuse et aride."
 
Chère Anaanasiaq – Grand-maman maternelle,

J'ai reçu avec joie ta dernière missive, toujours écrite avec autant de chaleur et provenant de ta région d'adoption que certains appellent "le nord du Québec". Pourtant, toi et moi, on sait qu'il y a beaucoup plus froid et éloigné que l'Abitibi en ce grand  pays.

Comment sommes-nous aboutis ici, au nord du Nord?

Peut-être est-ce un désir de voyager longuement refoulé ou simplement une envie téméraire d'aventures... Peut-être est-ce la camaraderie entre voyageurs qui deviennent peu à peu notre "famille du Nord", lorsque nous sommes loin de celle d'où l'on vient, ou encore les opportunités uniques qui se présentent à ceux qui posent les pieds en ce monde unique... Peut-être est-ce la nature vierge à l'infini ou la découverte d'une nouvelle culture… Peut-être, enfin, n'est-ce qu'un hasard. Nos maris, quoique de générations différentes, y sont tombés en amour, avec ces grands espaces nordiques et y ont trouvé un travail fier pour faire vivre leur famille, une expérience riche.

Certains jours, tout est complètement blanc: le ciel, la mer, la neige...
J'ai beaucoup pensé à toi, au cours des derniers jours, isolée dans une petite cabane:  un chalet "au fond des bois", comme disent encore mes proches du Sud, qui oublient facilement qu'aucun n'arbre ne prend racine sur cette île rocheuse et aride.

Les rayons de soleil reflétant sur la neige de la toundra, j'ai pensé à toi en regardant les hommes corder du bois et s'affairer aux corvées inhérentes à la vie sans électricité ni eau courante. Ils étaient beaux et travaillants, les hommes. Chère Anaanasiaq, toi qui répétait souvent "comme il est travaillant, celui-là", quand nous passions l'été sur les rives du lac Guéguen et que quelqu'un mettait la main à la pâte...

"Travaillant", voilà une grande valeur, que tu nous as transmise, sans réprimande ni nous forcer à l'ouvrage, simplement par la douceur et la sincérité de tes mots. Simplement, en observant son prochain qui fait sa part. "Travaillant", sans jamais oublier le côté ludique de la vie, car il y avait bien, au lac Guéguen, des moments privilégiés pour visiter l'imaginaire ou jouer au Rummy et à la Chasse à l'as.

Aurores boréales vertes
Peut-être est-ce toi, Anaanasiaq, qui m'a inspiré à choisir un homme aussi passionné et travaillant. Alors, Anaanasiaq, dis-moi, quel était ton secret? Ton secret pour tenir la maison, cuisiner, laver la vaisselle, prendre soin de tes enfants... tout en étant enceinte du suivant? Parce que, j'avoue, ces jours-ci, mon corps (et quelques inconforts) me rappelle continuellement d'en faire moins, de ralentir mon rythme, de m'allonger plus souvent, de dormir plus longtemps.

S'il te plaît, Anaanasiaq, raconte-moi ta quatrième  grossesse... Est-ce que le corps s'y habitue? Comment arrivais-tu à te reposer avec les impératifs du quotidien? Est-ce que les quatrièmes bébés bougent davantage la nuit? L'accouchement d'un quatrième est-il davantage un événement serein et instinctif? Cet enfant, entend-il les cris et les bonheurs dans la maisonnée pour y naître déjà un peu accoutumé?

Heureusement, les grands deviennent, de jour en jour, un peu plus travaillants!

J'ai hâte de te lire, Anaanasiaq. J'ai soif de ta sagesse, de ton expérience. En attendant, Anaanasiaq, je te promets, je prendrai du repos. Du repos, tout en alternant avec le travail; le travail invisible d'une femme, de son âme, de son foetus demandant, de ses enfants rayon-de-soleil-et-orage-de-temps-en-temps, de ses tâches quotidiennes continuellement à recommencer... quelques précieux instants de repos, ci-et-là, et bien mérités.

Je t'aime, Anaanasiaq.

Cynthia xx


vendredi 7 avril 2017

On m'a volé mon vagin

Ce matin, je publie ce texte spécial,
composé pour mon amie Kooloo,
qui, il y a exactement un an,
s'est fait voler son vagin.

On lui a rendu… encrassé, mutilé, empoisonné.

J'écris ce texte pour briser le silence,
et aussi, parce que j'aimerais prendre ta blessure,
Kooloo, et la jeter à la mer…

Malheureusement, je sais que c'est impossible,
de faire disparaître ce trauma par magie,
alors, j'espère y mettre un peu de baume…





On m'a volé mon vagin

C'est arrivé comme un accident de la route.
Vous savez, on a beau suivre le code de route, respecter les limites de vitesse, toujours faire ses angles morts… un accident, malheureusement, ça n'arrive pas qu'aux autres.

Ça aurait pu arrivé à la belle fille dans l'auto bleue, à l'imprudente qui dépassait en zigzag sur l'autoroute, je ne sais pas, moi, à quelqu'un d'autre!

Ce matin, là... bang! un tracteur m'a coupé le chemin, j'ai pris le champ, j'ai perdu connaissance, puis, quand je me suis réveillée, le tracteur m'avait pillé dessus avec se grosses roues sales et il avait pris la poudre d'escampette.

D'accord, ça ne s'est pas passé sur la route, mais je vous jure: un tracteur m'a drogué, à mon insu, et m'a passé sur le corps. Il m'a complètement défiguré. Il a complètement défiguré mon vagin.

Vous pouvez imaginez comment un soldat sur un champ de bataille se sent quand il vient de perdre se deux jambes et son pénis. Quand j'ai repris conscience, j'avais l'impression qu'on m'avait abandonné, sur un champ de bataille puant, avec une bombe explosée dans le vagin.

J'ai essayé de me laver, de me libérer de l'odeur, du sperme dégoûtant, de ses traces de roues sales sur mon corps. Le problème, c'est qu'il m'avait défiguré par l'intérieur, qu'il y avait une couche de crasse dont je n'arrivais pas encore à me défaire. Ses grosses roues boueuses ont râpé mon vagin, émietté mon coeur, perforé mes organes. Je ne me reconnaissais plus.

J'ai voulu lui crever les quatre roues, à ce tracteur empoisonné; scier son volant; verser de l'arsenic sur son moteur. Mais il s'est sauvé, comme un animal sauvage enragé. Et, personne, personne, ne lui a couru après, ni ne l'a rattrapé, même pas la police. Parce que le monde, ils s'en foutent, quand on se fait défigurer par l'intérieur. Du vagin jusqu'au fond des tripes, quand c'est par l'intérieur qu'on te défigure, même avec de grosses roues sales puantes, les gens autour ne le voient pas, le mal, ils ne la comprennent pas, la souffrance.

Mais le cerveau, lui, rien ne lui échappe, même quand le corps ne comprend pas. Le cerveau voit noir, il cherche un coupable, il m'accuse, il cherche à assembler les pièces du puzzle, à reprendre le dessus dans un énorme nuage noir. Puis il me renvoie les images du cauchemar, à tout moment, comme les anciens combattants traumatisés de guerre. Ensorcelée par ce gros tracteur dégoûtant, le souvenir épouvantable et la douleur me transpercent l'âme, à tout moment, sans prévenir.

Mon corps a versé de l'eau salée et a bien voulu s'y noyer. Mais la Vie, elle m'a attrapé par le chignon, et m'a empêché au tout dernier moment, de choir de fond de l'océan. Parfois, j'espère que ce tracteur, s'y rendre à l'océan, que ses grosses roues sales y restent coincées à jamais, qu'il s'y noie. Pas par vengeances, je me suis bâti une carapace, je ne le reverrai probablement jamais; mais je veux qu'il pénètre l'océan, par protection, pour les autres filles, belles ou laides, jeunes ou vieilles, naïves ou éduquées... vous savez, les accidents de la route, ça n'arrivent pas qu'aux autres.


Pour Kooloo,
avec amour,
Cynthia xx

Note : Kooloo est une fée. Aujourd'hui, elle fait preuve d'une résilience incroyable : elle croit en la Vie, même si la Vie a été injuste et brutale à son endroit. Kooloo est une fée à l'aile brisée... qui continue de faire de la magie autour d'elle, malgré certains jours plus gris, pendant que son aile se répare doucement. Bientôt, Kooloo, je suis sûre que tu reprendras ton envol, haut et fier! Je pense à toi! N'hésitez pas à lui laisser un message en commentaire, je suis sûre qu'elle appréciera ce baume sur son aile brisée.

lundi 27 mars 2017

Un AVAC à domicile



Alex a toujours su qu'elle voulait accoucher par elle-même.
Qu'elle ne voulait pas se faire accoucher.
Parce qu'elle sait que les femmes savent accoucher,
depuis que le monde est monde…
C'est inscrit dans nos gènes.

Or, le bébé qu'elle portait lui a joué un tour.
Il garda la tête bien haute,
les fesses alignées vers la sortie.

Quelques docteurs savent qu'une naissance en siège est possible,
surtout lorsqu'on perturbe la femme en travail le moins possible,
qu'elle parvient à faire sa bulle,
à partir, comme droguée
par les endorphines et les hormones d'amour,
que l'important est de laisser la femme bouger,
le bassin s'élargir, par les relaxines et les mouvements,
et permettre à l'utérus de se contracter,
de se contracter plus que jamais pour un puissant réflexe d'éjection du fœtus (1)
La Vie est forte.

Or, dans les années 2000, au Québec, n'accouche pas en siège n'importe qui n'importe où.
Alors, on a expliqué à Alex que c'était trop risqué, que ça prenait un médecin spécialisé, que son bébé devait être en siège complet, etc, etc, etc. Et, quand toutes ces conditions semblaient être remplies, qu'on lui a « donné la permission » d'accoucher son siège, d'autres « facteurs de risques » ont fait surface, et on lui a annoncé son rendez-vous au bloc opératoire dans les heures à suivre... 

Une césarienne... douloureuse. Tant pour l'abdomen sectionné, que pour l'âme.

Alex a remercié la Vie pour ce magnifique enfant.
Alex a pleuré son corps, son coeur, mutilé.
Alex a dit « plus jamais. »

Et quand Alex a été enceinte à nouveau, c'était une bénédiction d'avoir un suivi sage-femme, de pouvoir enfin accoucher naturellement, comme dans l'ordre naturel des choses, de la vie.

Sauf que cet accouchement, qu'Alex souhaitait profondément, c'était un AVAC : un accouchement vaginal après césarienne. Et, malgré l'immense travail accompli par la recherche pour démontrer l'importance des AVACs et leurs risques relatifs (2), le milieu médical n'est pas à l'aise avec ce type de naissance, la pression est forte pour intervenir…

Alex a passé une grossesse mouvementée.
Elle a lu, a rencontré des personnes clés. Elle s'est informée, s'est tournée vers son coeur... Alex, c'est une guerrière. 

Et son amoureux, l'a écouté, et l'a suivi dans ce cri de l'âme... de chercher une solution, de chercher une façon d'accoucher naturellement, de manière sécuritaire, avec amour; comme on fait l'amour.

Alex a fait un ALAC : un accouchement libre après césarienne, autrement dit, un AVAC à domicile en famille. C'était un long accouchement, comme l'on n'en tolère rarement dans les milieux où les praticiens doivent obéir aux protocoles. C'était son rythme, sa force. Alex est une guerrière. 

Il y a eu des moments de doute lors de son accouchement. Des moments d'intensités. Des moments où Alex a dansé ses contractions. Son vagin s'est ouvert et son corps, a su comment faire.

Un ALAC, c'est son histoire à elle, dans sa réalité… C'est aussi un des moments les plus importants de sa vie.

J'ai été honorée, Alex,
d'avoir fait quelques pas avec toi (sur la plage à Saint-Zénon.)
Merci.
Et bonne route!

Cynthia xx

(1) Lire à ce propos les articles du médecin-obstétricien chercheur Michel Odent, qui a été en charge de 300 accouchements en siège.
(2) Lire l'ouvrage de Hélène Vadeboncoeur

vendredi 3 mars 2017

Une missive d'Iqaluit, Nunavut

Chère Kunngat,

Comment vas-tu? Voici quelques nouvelles d'Iqaluit et la suite de notrecorrespondance d'avril dernier.

Il a fait moins cinquante toute semaine. Bon j'exagère encore : on a eu moins quarante-sept degrés Celsius, puis moins quarante-neuf. L'école, elle peut fermer à partir de moins cinquante. Sauf que le mot « peut » inscrit dans cette politique de la commission scolaire, combiné au choix aléatoire de la source météorologique, fait que l'école a été ouverte toute la semaine.

J'aimerais être cette bonne mère, celle qui valorise inconditionnellement l'école, ses professeurs, ses politiques. Mais, ce matin, quand j'ai fait deux pas pour mettre mon sac de vidanges dans ma boîte verte adjacente à nos marches extérieures, que le froid m'a transpercé les entrailles, je me suis dit que c'était inhumain d'exiger aux enfants de se rendre au coin de la rue, devant la bâtisse bleu terne abandonnée du Housing Corporation, exposé aux vents dominants, pour un autobus jaune qui n'est jamais à l'heure, mais qui n'attend jamais. C'est ridicule, voire dangereux, de sortir à cette température-là, quand tu as une petite peau délicate d'enfant.

Alors, mes enfants, ils se sont bâti un château fort dans le salon et puisque la ville a décidé que ce froid extrême compromettait la sécurité de ses employés – contrairement à la commission scolaire qui a ouvert ses écoles – donc, que les camions-citernes demeureraient au garage municipal aujourd'hui, il a fallu utiliser avec parcimonie notre consommation d'eau... Youpi, congé de popote et de lavage!

Malgré la (bonne) fatigue, cumulée avec Les Monologues du Vagin, j'avais promis aux enfants un spectacle pour enfants (sans histoires de vagins), après ma pièce. Alors, demain, pour l'ouverture des Rendez-Vous de la Francophonie, je serai au francocentre avec mon costume de Pommette la Clownette et, crois-le ou non, je tenterai de me délier les mains menottées, les yeux fermés et dix secondes. Puis, je ferai disparaître une balle imaginaire, et elle réapparaîtra, je ne sais pas, peut-être chez toi à Boucherville, ou même à Stoke, pour la petite Emma. Ou peut-être bien que la balle imaginaire réapparaîtra à Ste-Lucie-des-Laurentides, lors du lancement des Mémoires de mon grand-père abitibien en juin prochain. Qui sait?

Allez! Je t'embrasse!
Profite de chaque minute, parce qu'elles passent tellement vite. On se voit bientôt, presque!

Cynthia xx





jeudi 23 février 2017

Mon vagin, mon accouchement

 
Demain soir, nous présenterons Les Monologues du Vagin au Francocentre d'Iqaluit. Pour le plaisir, comme Eve Ensler, l'auteure des Monologues du Vagin, je me suis inspirée de rencontres avec des femmes pour écrire un monologue. Voici :


Mon vagin, mon accouchement

Mon vagin. Mon vagin? Hum, c'est un tunnel. Un canal. Un organe comme la tête, le nez ou les orteils.

J'ai toujours pensé que mon vagin était une partie de mon corps semblable au reste… Puis un jour, par un total hasard, alors que j'étais enceinte, la femme qui faisait mon suivi m'a demandé : « Comment trouves-tu ton vagin? »

Cette question me semblait ridicule, complètement hors sujet, très intime. Quel pouvait être le lien entre mon vagin et ma grossesse?

La femme qui me préparait à mon accouchement a sorti un chandail à col roulé d'un tiroir. Vous savez, ces affreux sous-vêtements bleu marine ou blanc caillé avec le col plié en double qui nous remonte jusqu'aux oreilles, quand on a huit ans, et que notre mère nous force à enfiler avant de passer la journée dehors à glisser en crazy carpet.

La dame a aussi sorti un ballon de soccer. Elle m'a demandé si je croyais que ce ballon puisse passer à travers le col du chandail. Un ballon de soccer! Vraiment? Peut-être. Probablement, que me me suis dit, c'est fait pour s'étirer, ce bout de guenille là! Elle a souri.
La femme a dit que le col roulé, c'était comme mon vagin. Que mon vagin était souple et extensible. Que si j'apprenais à le détendre, il s'étirerait doucement, qu'importe ce qui y passerait! Je devais explorer mon vagin.

J'ai trouvé cette femme un peu dérangée. Je suis rentrée chez moi un peu angoissée. Puis, secrètement, j'ai essayé ses propositions pour découvrir mon vagin. Je me suis procuré un œuf de Jade, j'ai sorti de l'huile d'olive pour des massages plus doux, plus profond. Je me suis abandonnée à la sensualité et aux fantasmes refoulés. Je sais, j'aurais dû mettre fin à ce suivi de grossesse tellement atypique. Tellement intime. Mais plus je découvrais mon vagin, son anatomie, ses points de réflexologie, plus j'étais heureuse et comblée.

Au rendez-vous suivant, la femme a fixé mon Chéri avec beaucoup de sérieux : « Accoucher, c'est vraiment comme faire l'amour. Surtout, il faut être calme, amoureux, et éviter les commentaires, les questions et les téléphones cellulaires. Les seuls mots autorisés sont « t'es belle » et « je t'aime ». Le moindre faux pas peut interrompre le processus, comme lorsque tu fais l'amour. »

Ensuite, elle s'est tournée vers moi et, dans son élan dictatrice, elle a poursuivi : « Accoucher devrait être doux, soit silencieuse, ne te plaints jamais, ton corps va comprendre. Tu peux bouger et chercher le confort, mais surtout, savoure les moments doux, il y aura beaucoup de moments doux. Abandonne-toi, comme quand ton vagin s'abandonne au lit. Exerce-toi à t'abandonner. »

La vérité, c'est que j'avais une peur folle d'accoucher, je suis de nature trop anxieuse pour ce type de suivi. Ces rencontres de type « sexologue » n'aidaient en rien à me convaincre que le coeur du bébé suivrait les contractions, que le cordon ne serait pas autour du cou du bébé, que… J'ai trouvé un autre spécialiste, qui considérait mon vagin comme un simple canal, l'examinait par routine, comme quand un médecin dit : « Ouvre bien grand la gorge, je vais vérifier qu'il n'y ait pas d'infection. » Dans le cabinet de ce spécialiste, en l'espace de quelques minutes, mon vagin que j'avais doucement apprivoisé, ma grotte secrète et exaltante, était redevenu qu'un simple tunnel.

Enfin, le moment tant redouté et attendu est arrivé. Lors des premières contractions, je n'étais pas trop sûre si c'était vraiment cela accoucher. C'est bête, mais ce qui m'est revenu en tête, c'était les phrases de cette femme qui m'avait accompagnée durant les premiers mois de ma grossesse : « Abandonne-toi, laisse ton vagin s'ouvrir. » Je suis allée me coucher, me reposer, permettre à mon vagin, puis mon corps tout entier de se détendre. Je me suis endormie. Je n'étais pas sûre si les contractions étaient réelles ou des bribes de rêves. Mon amoureux s'est collé contre moi, dans un silence parfait. La chaleur de son corps sur le bas de mon dos me faisait le plus grand bien.

Les contractions sont devenues intenses, me tiraient hors de mon sommeil. Mais il y avait aussi d'intenses sensations d'extase chaque fois qu'une contraction finissait. Ça m'emplissait de bonheur, j'avais l'impression d'être prise sous l'effet d'une drogue puissante, du mush, pour être exacte. Tout était intense. Le moindre bruit, la moindre caresse, la moindre lumière. Tout soudainement, m'emplissait de joie ou m'irritait. Je flottais.

Nous étions seuls au monde : mon bébé, mon vagin et moi. Chéri m'a demandé si je voulais partir pour l'hôpital. C'était le dernier de mes soucis, j'étais dans ma bulle, en plein milieu d'un rêve, j'étais bien. Même si certaines contractions me transperçaient les reins, le corps tout entier, elle s'envolait tellement vite, que je voulais rester. J'avais encore du temps avant la naissance.

Alors que j'étais debout, agrippée à une chaise, j'ai ressenti un brûlement entre mes jambes, et j'ai revu l'énigme du ballon de soccer et le chandail à col roulé dans ma tête. C'était clair : je m'étais trompée. Le ballon était trop rond, trop large, ça ne passerait jamais. J'ai dit : « Il faut faire le 9-1-1. » « Ça va aller, » que Chéri m'a répondu en me serrant tendrement dans ses bras. C'était comme si un ange me faisait une révélation. J'étais debout, je dansais doucement avec Chéri, puis la contraction suivante, j'ai senti un soulagement, la tête venait d'émerger de mon vagin. Puis, sans que personne ne m'examine ni me demande de pousser, mon utérus a poussé une fois de plus et la plus belle chose du monde est sortie de mon corps. C'était l'extase. C'était orgasmique! C'était tellement irréel, un bébé qui respire, qui va bien, qui vient de naître, mon bébé. C'était merveilleux. Je me sentais belle, féroce, puissante. J'aurais pu soulever la Terre.

Mon vagin est toute autre chose qu'un canal ou un simple tunnel. C'est moi, mon corps, mon âme.

par Cynthia Durand, février 2017

jeudi 9 février 2017

- 33: du beau temps



Ce matin, mon amie T est venue prendre un café avec ses enfants:
- Il fait froid dehors?
- Non. Juste -33, pas de vent.

Pour vérifier si son affirmation était véridique, j'ai demander à mon grand qui rentrait pour dîner:
- C'est comment, dehors, aujourd'hui?
- Bien! On a eu la récréation dehors.

Hum. Il faut en profiter quand ça passe..  En fin de journée le vent s'est levé et il faisait - 45 (avec le refroidissement éolien).



Comble du bonheur, nous avons un centre aquatique tout beau, tout neuf, ouvert depuis seulement trois semaine, mais qui a complètement changé nos vies, nous y allons presque tous les jours!

Et semaine de relâche à partir de lundi! Alors, comme on chantait il y a belle lurette déjà  (nostalgie) :
 "Vive les vacances!
Au diable les pénitences!
 On met l'école en feu,
et les profs au milieu!"
Youppiiiii!

mardi 10 janvier 2017

Réflexion sur les mères au foyer

 
En faisant mousser mon lait partiellement écrémé, ce matin, je suis heureuse, car le drapeau des voisins indique qu'aucune miette de vent ne vient perturber la journée. Enfin un brin de douceur! Et, à ce moment-là, Amoureux ouvre son téléphone « intelligent » et l'application météo scande « -37 ! »

La météo, et le maïs coincé entre mes dents: deux choses qui m'agacent terriblement. Mais ce qui m'agace davantage, ce sont les gens qui croient que, parce que je suis « mère au foyer », je suis multimillionnaire. Depuis huit ans, c'est le métier que j'ai choisi; comme certaines personnes font carrière en politique, aux Olympiques, en mission étrangère, en construction, dans une université, sur une chaîne de montage industrielle, dans un bureau, avec les malades ou comme artiste. Pourquoi faisons-nous carrière dans un domaine et non un autre? À cause de nos habiletés, de notre expérience, de nos valeurs, d'un concours de circonstances, d'une passion… et c'est la même chose pour les parents qui prennent cette voie, celle d'être « gestionnaire de leur maisonnée à temps plein »

Depuis huit ans que je côtoie d'autres parents à la maison, et je dois vous confirmer, hors de tout doute, que ce ne sont pas les multimillionnaires qui restent à la maison, mais vraiment des gens de toutes les classes sociales, des gens normaux, comme toi et moi. Voici un topo de mes observations :

  • La plupart de ces familles font des compromis et vivent de simplicité volontaire (par exemple, je ne conduis pas de minifourgonnette, possède beaucoup de vêtements usagés et préfère le plein air en famille aux vacances dispendieuses.). 

  • Souvent, le parent qui travaille a un horaire atypique, travaille plus de 80 heures par semaine et/ou est chef d'entreprise. La mère à la maison (sans vouloir faire de la discrimination, c'est majoritairement des femmes qui choisissent les métiers humains) fait beaucoup plus que prendre soin des enfants. Dans le monde féministe, on parle « du rôle invisible de la femme d’entrepreneur ». 

  • Également, tenir compte du salaire d'un ménage, ce n'est pas seulement tenir compte du revenu annuel, mais aussi des économies faites grâce à un mode de vie plus modeste (pas de femme de ménage, pas de garde scolaire, pas de garderie, peu de restaurant, un seul véhicule, etc.)

  • Beaucoup de ces femmes qui prennent soin de leur progéniture à temps plein jouent un rôle clé dans leur communauté: elles sont bénévoles dans les sports, les loisirs, sur les conseils d'administration… ou informellement, elles accueillent et encadrent les enfants des voisins après l'école, leur offrent une pomme et une oreille

  • Beaucoup de ces femmes étudient ou se bâtissent une expérience dans un domaine qui leur permet de travailler à partir de la maison, entre deux brassées de lavage et la sieste des petits. (Par exemple, dans la conception de Ma mère, c'est la plus forte – une histoiresur la naissance, c'est plusieurs mères à la maison qui ont collaboré. Quatre mamans, quatre talents: écriture, illustration, révision, marketing...)

  • Être à la maison n'est pas nécessairement un choix facile, mais c'est un CHOIX qu'on fait avec notre coeur et notre tête, pour mille-et-une raisons, selon notre propre réalité et nos priorités.

  • Comme dans tous les métiers, même si elles adorent leur travail et l'ont choisi en toute connaissance de cause, il y a des jours où les mères à la maison laisseraient volontiers leur place, des jours où elles se sentent dépassées, où elles trouvent certaines tâches redondantes ou préféreraient être absoutes de certaines corvées. Et même si, aux yeux du commun des mortels, elle est « chanceuse » d'avoir eu un temps libre ce matin pour écrire un petit billet sur son blogue personnel, elle aurait peut-être préféré ne pas avoir été disponible 24h/24, 7jours/7 au cours des dernières semaines, boire un café chaud sans se faire interrompe ou bien aller danser avec ses amis samedi dernier au lieu de veiller sur son phare pendant que son équipier suait à l'ouvrage.

Merci de me lire!
Prenez note que ce texte n'est pas une complainte, mais un hymne à ceux qui suivent leur voie, même s'ils doutent, même si ce chemin est différent du mien.
Je vous souhaite de faire vos propres CHOIX, ceux qui vous rendre heureux et fier d'être qui vous êtes!

Cynthia !

mardi 3 janvier 2017

Confidences d'aventuriers

En cette nouvelle année,
mes meilleurs vœux à vous tous,
amis, famille et lecteurs!!!
Voici 3 réflexions extraites de mes lectures des fêtes et de mon propre journal.
Cynthia xx


En traversant le désert du Gobi (Mongolie), Sarah Marquis raconte :

« La magie du désert n'est pas vraiment propre au désert, mais à l'espace qu'il contient. Ici, il n'y a rien, aucune protection possible, pas de dunes non plus, juste rien. Aucune des choses qui se trouvaient dans ma vie d'avant ne pourrait m'être utile ici. La sensation d'être seule au milieu de ce vide est surprenante au début. Puis après de longues journées, de long mois de marche sans attente d'aucune sorte, les choses se transforment d'elles-mêmes. Je m'adapte en permanence à mon environnement qui devient familier l'espace d'un instant. Est-ce pour cette raison que je me trouve ici précisément? » (1)


Dans un chalet au cœur de la toundra nunavummiut, Cynthia Durand écrit :

« Loin du Wi-Fi et de tout écran, je n'ai pas aussi bien dormi depuis des lunes. Le seul projet, la seule tâche, est celle de l'instant présent, combler nos besoins de base. Dehors, la nature est immense et folle; une seule pièce, un seul toit, suffit à notre bien-être. Les enfants participent aux corvées : ils fendent du bois, alimentent le feu, coupent les légumes... Ils développent leur complicité fraternelle et rafinent leurs stratégies essentielles pour nos batailles d'oreillers. Merci la Vie. » (2)


En escale en Polynésie française, Carl Mailhot réfléchit :
« Le tour du monde, ça ne veut rien dire. C'est tout au plus une figure de style pour dire qu'on part de chez soi, qu'on avance toujours, et qu'ainsi on finit par revenir au point de départ. Cela ne veut surtout pas dire qu'on aura tout vu, loin de là, ni que notre connaissance des gens et des pays sera grandement enrichie.
Il faut regarder le chemin parcouru, au sens personnel du terme, plutôt qu'en somme d'escales effectuées.
(…)
J'arrive mal à évaluer où se situe ma tranquillité d'esprit. D'un côté, je pense que nos sociétés modernes auraient intérêt à retrouver ces insulaires, les plaisirs élémentaires de l’existence. De l'autre, je regarde cette population et j'ai l'impression qu'il lui manque ce quelque chose que nous procure le froid. Ce qu'on ressent quand on a le corps gelé comme une barre et qu'on vient s'assoir près du feu en laissant la poudrerie se déchaîner dehors. » (3)


(1) MARQUIS, Sarah. 2014. Sauvage par nature – De Sibérie en Australie, 3 ans de marche extrême en solitaire, Édition Michel Lafon, Suisse, p.120
(2) DURAND, Cynthia. 2016. Journal personnel, Iqaluit, Nunavut.
(3) MAILHOT, Carl et MANNY, Dominique. 1995. La V'limeuse autour du monde – six ans de navigation en famille, p.220

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"C'est l'histoire de la naissance de ma petite soeur" Mat - fils de l'auteure

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