mardi 16 mai 2017

Attendre des jumeaux: entrevue avec l'auteure de "Les Gémellicours, bien se préparer à la naissance de jumeaux"


Karine Forget, doula


*** CONCOURS ***
(plus de détails à la fin de ce billet)


Cynthia et Cindy: jumelles identiques
Comme la plupart le savent, je suis moi-même jumelle identique et j'ai toujours eu une fascination pour les jumeaux-jumelles. C'est donc avec curiosité que j'ai lu le livre "Les Gémellicours, bien se préparer à la naissance de jumeaux", un ouvrage issu de l'expérience de Karine Forget, l'auteure.


Karine, explique-nous d'où l'idée d'écrire ce livre est venue?
Quand je suis tombée enceinte de mes jumeaux, j’en étais à mon deuxième suivi sage-femme. J’avais déjà accouché à la maison et c’était tout naturel que je fasse la même chose pour cette fois-ci. Vers 12 semaines, c’est là que tout a changé! J’ai appris que j’attendais deux bébés et que, par conséquent, je perdais mon suivi sage-femme. En plus d’être sous le choc (ma fille avait à peine un an), j’étais très en colère. Moi qui étais habituée aux choix éclairés, je me retrouvais dans un suivi en clinique de grossesse à risque sans aucun choix et avec une longue liste d’obligations : péridurale obligatoire, monitorage continu obligatoire, échographie à tous les mois, poussée en salle d’opération « au cas où »… C’était à des années-lumière de ce que j’avais vécu. Ce qui me choquait le plus, c’est que, lorsque je demandais le pourquoi d’une procédure, on me répondait tout bêtement « c’est parce que c’est des jumeaux, Madame ». Cette réponse n’a jamais été suffisante pour moi et c’est pour fournir d’autres réponses aux futurs parents de jumeaux que j’ai décidé de devenir accompagnante à la naissance, de me spécialiser en grossesse gémellaire et d'écrire mon livre.
Dans ton livre, tu répètes souvent que "c'est très demandant, porter des jumeaux", quelles autres différences y-a-t-il entre les grossesses de singleton et celles de jumeaux?
Lorsqu’on est enceinte, peu importe le nombre de bébés, notre corps travaille fort pour fabriquer un bébé. Tout le système est mis à contribution, et ce, 24 heures sur 24. C’est épuisant par moment être enceinte et lorsqu’on a deux bébés, c’est doublement épuisant. Les désagréments sont plus nombreux, plus forts et durent plus longtemps que pour une grossesse simple. Cela dit, il arrive que des mères de jumeaux continuent de travailler jusqu’à 36 semaines! Mais elles sont rares. La majorité arrête dès la 24e semaine. La hauteur utérine aussi est disproportionnée. À 32 semaines, j’avais le ventre d’une femme à terme (40 semaines). Les maux de dos, de hanches, de symphyse et j’en passe sont extrêmement fréquents et très prononcés chez les gémellaires et tout cela commence très tôt dans la grossesse.
Le suivi aussi est très différent. Dès qu’on apprend qu’on attend des jumeaux, les médecins se montrent très alarmistes et sont constamment prêts à une catastrophe tout en répétant que tout va bien pour le moment... C’est très stressant de vivre comme si l'on était une bombe à retardement! Les allers-retours à l’hôpital sont très fréquents et les rendez-vous avec des spécialistes se multiplient également. Il y a des différences d’un hôpital à l’autre, mais il y a des régions où le suivi en nutrition est obligatoire pour les grossesses gémellaires, même s’il n’y a pas de diabète gestationnel de diagnostiqué. Ça devient très lourd à gérer au quotidien.
Attendre des jumeaux, c’est aussi différent au niveau du vécu. On se pose beaucoup de questions que les parents qui attendent un seul enfant ne se poseront jamais. Est-ce que je vais avoir assez de lait pour deux bébés? Est-ce que je vais arriver à dormir avec deux bébés ?! Comment vais-je faire pour les différencier? Est-ce que je vais arriver à tout gérer? La pression financière aussi, parce qu’on s’imagine qu’on devra acheter absolument tout en double.
Une grosse partie de ton livre parle des bébés prématurés... pourquoi couvrir un tel sujet dans un livre sur l'accouchement gémellaire?
Au tout début de ma démarche, quand j’ai créé mes cours prénataux gémellaires, j’ai demandé aux parents de jumeaux ce qu’ils auraient voulu savoir avant l’accouchement afin d’être mieux préparés à ce qu’ils ont vécu. Beaucoup m’ont parlé de leur expérience en néonatalogie qu’ils ont trouvée très difficile, et ce, en grande partie parce qu’on ne les avait pas suffisamment préparés. La prématurité, c’est-à-dire une naissance avant la 37e semaine d’aménorrhée, c’est la complication gémellaire no 1. Elle touche près de 50% des jumeaux, ce qui est énorme! Et, contrairement à ce qu’on pourrait penser, naître un peu trop tôt, ce n’est pas anodin; de graves complications peuvent survenir. Sans être alarmiste, j’explore avec les futurs parents de jumeaux ce qui se passe dans une unité néonatale de soins intensifs et de soins intermédiaires, afin de réduire au maximum les données inconnues, parce que, de mon point de vue, ce qui fait peur, c’est l’inconnu. Même si les parents ont 50% de chance de ne jamais vivre ce que je décris dans mon livre, je trouve important de les y préparer, juste au cas.
Livre "Les Gémellicours", p.221
Si je ne me trompe pas, tu crois que les grossesses gémellaires devraient être considérées comme normales?
Exactement. À mon sens, une grossesse gémellaire n’est pas pathologique en soi. Il est vrai qu’elle le devient plus facilement qu’une grossesse simple, mais tant qu’aucune complication ne se pointe effectivement le nez, on devrait considérer la grossesse gémellaire comme n’importe quelle autre grossesse. Ce qui veut dire qu’on devrait pouvoir avoir un suivi avec une sage-femme. C’est surtout sur ce point que je trouve que la surmédicalisation de la grossesse gémellaire fait des ravages. C’est un fait, il y a plus de prééclampsie, de diabète gestationnel, d’anémie, de haute tension et j’en passe chez les grossesses gémellaires, mais ça se peut aussi que la grossesse se déroule sans aucune de ces complications. J’en suis la preuve vivante! Mon accouchement s’est déroulé tellement naturellement et facilement que c’est presque une honte d’avoir monopolisé autant de ressources de spécialistes pour une condition qui, à la base, était normale! D’ailleurs, j’ai eu une cliente qui s’est fait dire à la clinique de grossesse à risque (GARE) de l’hôpital Ste-Justine que les grossesses gémellaires avec deux placentas n’étaient plus considérées à risque et qu’elle pouvait poursuivre son suivi avec son médecin. Une vision qui, malheureusement, n’est pas partagée par tous les hôpitaux du Québec…
Quel conseil donnerais-tu à une femme qui souhaite accoucher naturellement de ses jumeaux?
D’abord, de croire en elle et en ses bébés et d'être très déterminée. Une femme est faite pour porter des bébés et son corps sait ce qu’il a à faire, mais les obstacles sont nombreux. Ensuite, de se trouver une accompagnante à la naissance parce que, à travers toute cette médicalisation, c’est facile de perdre le cap. Viens un moment où les échographies et les tests sont tellement omniprésents, qu’on finit par croire que notre condition est une maladie, et ce même quand les équipes médicales se montrent rassurantes en disant que tout est parfaitement normal.
Finalement, je dirais cette phrase que je répète souvent dans mes cours et aussi dans mon livre : « Tant qu’on n’a pas de preuve que ça va mal, c’est que ça va bien! »
Quel conseil donnerais-tu à une doula qui souhaite accompagner le mieux possible une grossesse et un accouchement gémellaires?
Il n'y a pas une recette miracle, mais je crois que la base d’un accompagnement gémellaire n’est pas différente d’un accompagnement normal. Il s’agit donc bien plus de savoir-être que de savoir-faire… Cela dit, plus on en sait, mieux on est outillée pour répondre aux questions, alors je suggérerais de lire le plus possible sur le sujet. J’invite les accompagnantes à me contacter si elles ont des questions. Je vais d’ailleurs offrir bientôt un « Gémellicours spécial Doula » et je donnerai une conférence au Yonifest cet été. On pourrait croire aussi que les Gémellicours ne sont pas nécessaires quand on a une accompagnante, mais je crois sincèrement que mon cours est un complément incontournable. Les parents qui avaient une accompagnante et qui ont quand même assisté à mon cours ont trouvé intéressant et rassurant de discuter avec d’autres parents de jumeaux pendant la journée. De plus, pouvoir poser des questions à quelqu’un qui est passé par où ils passaient a été précieux, selon ce qu’on m’a rapporté. Je crois donc qu’il pourrait être bénéfique pour les Doulas d’inviter leurs clients à suivre un Gémellicours en supplément de leur accompagnement. En terminant, je dirais aussi aux accompagnantes de se préparer (et de préparer leurs clients) à ce qu’elles soient possiblement exclues du processus vers la fin de l’accouchement parce que, malheureusement, il y a des hôpitaux demande aux femmes de faire la poussée en salle d’opération et qui refusent, parce que c’est le protocole, d’accepter une autre personne que le conjoint en salle d’opération. Encore cette semaine, je l’ai vécu et j’ai personnellement trouvé ça difficile à accepter. Quand tu passes 20 heures auprès d’un couple et que, le moment venu, on se fait dire : « c’est quoi ça, une accompagnante? Ça ne sert à rien, elle va être très bien entourée avec les deux gynécos, les 4 infirmières, l’inhalothérapeute, l’anesthésiste et les deux pédiatres! » c’est difficile à vivre… Je dois dire, cependant, que ce n’est pas partout la même chose. J’ai assisté à une merveilleuse naissance double dans un autre hôpital et jamais je n’ai été mise à l’écart.
Depuis plusieurs années, nous assistons à une "humanisation des naissances", approche qui reconnait l'accouchement comme un phénomène naturel, sécuritaire et complexe dont l'être humain en entier (physique, émotif, cognitif, social et spirituel) est impliqué. À ton avis, est-il utopique de rêver d'humanisation des naissances gémellaires? 
Livre "Les Gémellicours", p.155
Absolument pas, mais beaucoup de personnes pensent que c'est irréalisme, ce qui fait qu’il nous reste énormément de chemin à faire… Comme je le dis souvent, au niveau des droits des femmes enceintes, pour les grossesses gémellaires, on est en 1980! Beaucoup baissent les bras devant la surmédicalisation parce que la machine est trop forte. C’est une attitude que je vois même chez les sages-femmes, ce qui est dommage… Il y a comme une aura de résignation autour de la gémellité qui sous-entend que, comme on a énormément eu de la misère à obtenir ce qu’on a pour les grossesses non à risques, il faudrait se compter chanceux d’avoir ce qu’on a et ne pas pousser plus loin les revendications. Cette résignation, je la sens dans les commentaires que les femmes font quand elles me racontent leur expérience. Dans presque chaque discours, il y a toujours une petite phrase qui sonne comme « j’ai eu un bel accouchement, pour des jumeaux. » Ce qui veut dire que, si elles avaient eu un seul bébé, elles n’auraient pas toléré ce qu’on leur a imposé. Mais comme c’est « pour la santé de vos bébés, Madame », bien, c’est dur d’aller contre ça!

Je dois cependant dire qu’il y a un certain vent de changement qui souffle tout doucement. Je vois de plus en plus de femmes s’inscrire à mes cours en disant qu’elles recherchent des outils pour obtenir un accouchement gémellaire plus humain, mieux respecté. J’ai rencontré une femme incroyablement forte qui, en pleine contraction, a tenu tête à l’infirmière-chef qui lui disait qu’elle n’avait pas le droit de refuser d'aller en salle d’opération pour la poussée (ce qui est totalement faux). Entre deux contractions, elle a signé son refus de traitement avec l’accord du gynécologue en chef du département et elle a accouché de ses jumeaux dans sa chambre et tout s’est bien passé. J’ai moi-même assisté à un AVAC de jumeaux en novembre dernier! C’est d’ailleurs pour regrouper ces récits et donner une impulsion au mouvement que j’ai créé ma page Facebook Accouchement Gémellaire Respecté. Je crois sincèrement qu’ensemble, à force de demander et de s’exprimer, on va finir par obtenir des naissances gémellaires plus humaines un jour. Il ne faut pas baisser les bras! Jamais!
Crois-tu qu'il existera, dans un certain futur proche, une pratique sage-femme ou autre, qui assistera les naissances gémellaires à domicile ou dans des chambres de naissance et qui considérera ces accouchements naturels?
C’est mon plus grand rêve et je l’espère de tout mon être! Ce que je voudrais, c’est que les femmes aient au moins le choix. Qu’elles puissent, en toute connaissance de cause, décider pour elles-mêmes : où, comment et avec qui elles veulent donner naissance à leurs jumeaux. Un bon point de départ ce serait à mon avis de commencer par les grossesses dichorionques diamniotiques (deux placentas et deux poches amniotiques) sans complication dont les deux bébés ont la tête en bas. C’est le type d’accouchement gémellaire qui présente le moins de risques et qui pourrait tout à fait être pris en charge par une sage-femme.
Il faut souligner aussi que, si les sages-femmes du Québec n'assistent pas les accouchements gémellaires, ce n’est pas qu’elles ne sont pas capables ou qu’elles ne sont pas formées. C’est qu’elles n’ont pas le droit… pour le moment. Il faudrait donc changer la loi, ce qui n’est pas une mince affaire. Certains pourraient craindre un recul sur d’autres points, si l'on rouvrait la loi, et je les comprends. Ce qui est malheureux dans tout ça, c’est qu’à cause de ça, on accepte le statuquo et quand une femme a un suivi sage-femme et qu’elle apprend qu’elle a des jumeaux, elle est tout simplement et tout bêtement transférée, « parce que c’est comme ça », sans soutien et sans information. J’aimerais qu’on offre aux femmes enceintes de jumeaux qui perdent leur suivi un meilleur accompagnement dans leur transfert.
Un autre rêve fou que j’ai, c’est de créer une clinique GARE humanisée. Un genre de maison de naissance pour grossesse à risque avec accompagnante, sage-femme et gynéco qui travaillent ensemble différemment.
Même s'il y a plus de risque lors des grossesses gémellaires, le risque, en 2017, il est tout relatif et c’est aux femmes de décider quels risques elles sont prêtes à accepter ou pas. Parce que c’est un fait, on a infiniment plus de chance d’avoir un accident de voiture que de mourir d’un accouchement gémellaire… est-ce qu’on cesse pour autant de conduire « pour ne pas prendre de chance? » C’est un risque qu’on est prêt à accepter, tout simplement…

Merci beaucoup, Karine, pour cet échange. Peux-tu, avant de nous quitter, nous dire un dernier mot sur ton livre et comment se le procurer...
Mon livre est actuellement en vente sur mon site internet www.gemellicours.com. On peut aussi se le procurer en personne chez Mieux-Naître à Laval ainsi qu’à La source en soi à Montréal. Je précise que les participants aux Gémellicours de groupe peuvent se procurer mon livre à moindre coût. Mes dates de cours sont affichées sur mon site. Je donne des cours à Québec et à Laval. Quelques fois par année, j’offre des rabais et des promotions également, il faut donc rester à l’affut!
Un grand merci pour cette entrevue et cette opportunité de faire connaître mon travail dans l’humanisation des naissances gémellaires!

Voilà que prend fin notre entretien avec Karine Forget, Accompagnante à la naissance
www.gemellicours.com



*** CONCOURS ***
Semaine mondiale de l'accouchement respecté : « Sans oui c'est non, même quand j'accouche! »
Gagnez le livre Les Gémellicours, bien se préparer à la naissance de jumeaux de Karine Forget

***jusqu'à vendredi 19 mai 2017, minuit, commentez ce billet (sur ce blogue ou sous la publication Facebook de Ma mère c'est la plus forte pour avoir une chance de gagner. Partagez sur Facebook pour une chance supplémentaire).
Que l'on donne naissance à un ou deux bébés, le consentement de la femme avant toute intervention devrait toujours être respecté, qu'importe le lieu de naissance. @ SMAR 2017
https://materniteetdignite.wordpress.com/


6 commentaires:

  1. Merci d avoir ecrit cette ressource!

    Annedero@gmail.com

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  2. Super entrevue qui fait du bien à lire! J'attends des jumelles et me suis sentie exactement comme Karine quand on m'a annoncé que je ne pourrais pas être suivie par une sage-femme. Merci!

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    Réponses
    1. Mon nom n'apparaît pas...c'est Marjorie Grégoire: marjorievdp@hotmail.com

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  3. Félicitaion à Nat de Montréal, gagnante du coucours!!! MERCI à tous de votre participation!

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  4. :) IMPORTANT!!! :)
    Pour vous remercié d'avoir participer en grand nombre au concours...
    EXPÉDITION GRATUITE à l'achat de mon livre du 21 au 28 mai!
    Pour en profiter: https://www.gemellicours.com/le-livre

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  5. thank you so much for your sharing this nice article,
    I really like to reading your blog !

    goldenslot
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