lundi 6 novembre 2017

Calme et confiance… accoucher par soi-même



Voici le récit de la naissance de bébé 4, né à domicile... 

Je vous mentirais si je vous disais qu’accoucher est facile, doux et entièrement une partie de plaisir. Honnêtement, il m’est passé par la tête, lors d’une contraction particulièrement intense et douloureuse, de me demander pourquoi je ne faisais pas comme tout le monde, que je ne m’offrais pas un analgésique puissant gelant toute sensation : la péridurale ! Heureusement, bien qu’accoucher soit un énorme travail, cette pensée s’est dissipée avec les endorphines, ces hormones, cousines de la morphine et de la cocaïne, qui faisaient leur travail…

Donner naissance dans la gratitude
Pourtant, depuis le début de mon travail, j’étais remplie de gratitude. Je me sentais privilégiée de ne pas avoir à quitter ma chambre pour donner naissance à mon bébé ; à ne pas vivre les contractions confinée dans une voiture ; à ne pas subir d’examen médical ni de touchers vaginaux ; à ne pas devoir réveiller les enfants et gérer une gardienne… J’étais dans le silence d’une maisonnée encore endormie, mon amoureux calme et confiant à mes côtés. C’était parfait. Je remerciais la vie. J’étais heureuse des contractions qui, enfin, m’amenaient mon bébé.


Oui, je disais « merci » lors des premières contractions, car je les attendais depuis des semaines déjà. J’aurais aimé que mon bébé naisse à l’aube d’octobre, quelques semaines avant la fin de mon terme, comme mes derniers bébés ; mais surtout, j’aimais l’idée romantique que mon bébé partage sa date d’anniversaire avec ma grand-mère maternelle, anaanasiaq. On ne choisit pas quand on accouche. Le monde des naissances a travaillé ma patience et m’a enseigné l’unicité de chaque enfantement.

Accueillir le faux travail
Depuis plusieurs semaines, les « fausses contractions », que je préfère appeler des « pré-contractions », revenaient régulièrement. Pas des contractions fortes de travail, juste inconfortables, qui tirent dans le bas du ventre et annoncent que le col de l’utérus commence à se ramollir, à s’avancer, à s’ouvrir un peu, peut-être. Des sensations qui donnent l’urgence d’uriner… et augmentent le désir de rencontrer bébé bientôt. Je me disais que je serais déjà un peu familière avec les sensations, un peu plus prête ; et j’espérais – un peu naïvement, car chaque bébé choisit lui-même quand il naît – que chaque regain d’énergie ou soirée passionnée déclencheraient le travail.

Puis le vrai travail
J’étais à exactement 41 semaines grossesse, fin octobre, quand, durant la nuit, j’ai senti les premières « vraies contractions ». Je dormais. Je sourirais. Enfin le jour J. Après quelques contractions qui me semblaient assez espacées et irrégulières, j’ai regardé l’heure : 5h30 du matin. J’ai refermé les yeux pour laisser cette contraction s’évaporer, mes rêves se sont poursuivis et, à la contraction suivante, il était 5h35, puis 5h40… Le « travail actif » avait commencé, j’accouchais ! L’eau chaude coulait dans ma piscine d’accouchement gonflable, à proximité de notre lit. Dans la maison, le silence pur. Appréciant ce calme matinal, je le joignis, me concentrant à chaque contraction pour entrer dans ma bulle et la laisser couler. Les enfants dormaient, mon conjoint s’allongeât près de moi.

La force des vagues : intense
Je ne sais pas si ce sont les contractions du début ou de la transition le pire. Chaque contraction est différente, puissante. Durant une contraction, mon amoureux m’a dit : « Comme tu as l’air bien. » Je flottais dans ma piscine. L’autre vague, je me trouvais folle d’accoucher ainsi ! Pour certaines contractions, je touchais mon ventre avec l’index et imaginais qu’il s’agissait d’une seringue m’injectant un liquide bleu anesthésiant la douleur. À l’autre serrement d’utérus, j’étais à genoux, la tête posée sur les rebords de ma piscine, cette position me permettait de visualiser une chute d’eau coulant dans mon dos. Ha ! L’eau ! Source de soulagement, de bien-être.

Je visualisais la sculpture de la déesse irlandaise Sheela Na Gig qui ouvre pleinement son vagin, je voulais que mon col s’ouvre ainsi. J’ai touché la tête de mon bébé au creux de mon vagin : elle était encore haute, au bout de mes doigts, dans l’utérus en train de s’ouvrir.

Sheela Na Gig (http://tripfreakz.com/offthebeatenpath/sile-na-gig-sheela-ireland)

Petit choux me rejoint
Petit choux, 3 ans, nous avait rejoint vers 5 heures du matin, se blottissant sous nos draps et dormant paisiblement. Vers 8 heures, peut-être 9 heures, il s’est réveillé dans le calme, il a pointé timidement la piscine, souhaitant rejoindre sa mère qui se « reposait » à genoux dans l’eau, la tête appuyée sur un côté bien douillet. Petit choux fut d’une douceur incroyable, me frottant le dos simplement, il ressentait les endorphines. Il m’a donné beaucoup de force, je sentais, en sa présence, que tout allait bien, et me concentrait, une contraction à la fois – qu’importe sa force –, fermait les yeux, et était heureuse de sa présence. Quand Petit Choux eut fait sa trempette, il se rendormit sans un mot.

Le bien-être de la solitude
Lorsque je fus seule dans ma chambre, pour être honnête, je me suis mis à faire quelques sons graves et des « hum », je me suis rappelée que certaines sages-femmes suggèrent de relâcher la mâchoire, voire faire de « plllll » de la bouche, que ça relâche tous les muscles… jusqu’au col de l’utérus. J’ai pensé à la tasse verte chez mon amie Juanii : « Je promets de demeurer sauvage. » Et les contractions, chacune unique, quoiqu’intenses, n’étaient jamais plus fortes que ce que mon corps de femme pouvait endurer. Et je me surprenais à penser : « Déjà fini! Ce n’est pas si long, une contraction. » Et j’avais énormément de respect et d’admiration pour ces femmes que je connais qui ont accouché de manière autonome, leur force m’inspirait.


Entrer dans la conscience altérée
Malgré toutes ces pensées, j’étais ailleurs. Je soufflais au loin les réflexions, comme lorsqu’on veut s’endormir et arrêter de penser, pour que mon cerveau passe du conscient au subconscient, à la relaxation profonde. C’est ainsi que les mammifères mettent au monde leur progéniture, loin de la réalité ordinaire ; et moi aussi, je plongeais dans cet ailleurs du rêve et de l’abandon.

Fait intéressant # 1: Lorsque nous sommes en état d’éveil, dans la réalité ordinaire, notre cerveau émet des ondes bêta. La conscience altérée, nous la visitons toutes les nuits lorsque notre cortex qui réfléchit se repose. À ce moment, notre cerveau émet des ondes alpha (état de veille, calme, repos physiologique et mental), des ondes thêta (installation du sommeil, méditation profonde) et des ondes delta (sommeil lent et profond). (Whapio Diane Bartlett www.thematrona.com)

Un moment de quiétude
Je ne sais pas pourquoi, je crois qu’il était près de 10 heures du matin, les enfants étaient des anges dans la maison, je suis sortie de ma piscine. Je crois m’être dit qu’il fallait éviter de m’épuiser. Allongée dans mon lit, j’ai dormi; c'est ainsi qu'enfantaient les femmes dans certaines civilisations anciennes. Les contractions se sont espacées. Un répit velouté.

Fait intéressant # 2: Si cette phase de l’accouchement, la quiétude, est quasi méconnue de l’obstétrique moderne, elle est observée de plus en plus par les sages-femmes holistiques telles Whapio Diane Bartlett (www.thematrona.com)et Karine Langlois (www.karinelasagefemme.com). Également, au Royaume-Uni, on reconnait que la phase de la poussée se divise en deux étapes : la quiétude et la poussée même.


Des sensations différentes
Après une heure, environ, je me suis dit : « Bon, il faudrait bien que je l’accouche aujourd’hui, ce bébé-là ! » J’ai pensé qu’une douche, que la gravité, lorsque je marcherais jusque-là, ferait descendre mon bébé, qu’il naîtrait enfin… Puis, à chaque contraction, je remettais le projet de me rendre jusqu’à la salle de bain, qui me semblait l’autre bout du monde. Finalement, j’ai fait un pas. Un seul. Un effort immense… jusqu’à mon bureau. Je me tenais debout, grâce au meuble, quand j’ai aperçu que mes chandelles d’accouchement (offertes par des personnes chères) n’avaient pas été allumées. Entre deux contractions, j’ai pensé : « Ça me donnerait de la bonne Énergie. » J’étais seule dans ma chambre, c’était parfait. Quand mon conjoint est venu me voir, je lui ai demandé de quitter : j’étais comme une ourse polaire dans sa caverne, je sentais que chaque contraction travaillait dans le bon sens, je grognais légèrement, debout, toute puissante.

Le grand couronnement !
Je suis retournée dans ma piscine. Pas très longtemps après, j’ai senti la tête de mon bébé entre mes jambes, elle couronnait. J’ai appelé mon amoureux et mes trois grands de 3, 6 et 8 ans. Les enfants se sont assis sur mon lit, observant leur mère bien calme, à genoux dans l’eau. Pop ! La tête de mon bébé est sortie de mon vagin. Silence. Yeux intrigués. Puis, la contraction suivante, le petit corps frêle de bébé s’est libéré. Soulagement. Joie. Bonheur !

C’est mon amoureux qui a attrapé notre bébé, a défait les tours de cordons, me l’a tendu. Il était bleu, mais avait un bon tonus. Ses paupières étaient fermées, il dormait. Bébé respirait doucement, allait bien, était parfait. J’étais ailleurs, dans ma bulle. J’entendais les enfants qui se demandaient le sexe du bébé, ils l’ont découvert dans la joie. J’étais tellement heureuse de vivre ce moment en famille, dans notre intimité, chez moi. La vie est d’une grandeur incroyable. Ce moment valait tout l’or du monde. J’étais emplie d’ocytocine, c’était l’extase !



Les dernières contractions et le placenta
Il était environ midi, bébé venait de naître ! J’étais encore dans ma piscine quand les contractions sont revenues, c’était la naissance du placenta qui s’amorçait. Avec cette contraction, j’ai essayé de le pousser, il est sorti à moitié. J’ai réessayé à la contraction suivante, sans quel le placenta naisse. Puis j’ai appliqué la sagesse du chercheur Michel Odent : oublier le placenta pour la première heure, simplement vivre l’ocytocine (l’amour) des premiers instants en laissant maman et bébé tranquille tout en s’assurant que la pièce est calme, bien chauffée, peu éclairée. Puis, une heure plus tard, je me suis accroupie, j’ai poussée très fort et j’ai senti le placenta se libérer et mon corps tout entier être soulagé et empli de béatitude.

Et la péridurale
Cela me semble assez ironique, ridicule même, que moi, Cynthia la granola; qui a écrit un livre pour expliquer à tout le monde, même les enfants, qu'accoucher est normal, sain et grandiose; qui croient que l’accouchement est fondamentalement naturel aux femmes et aux mammifères; aient pensé à l’anesthésie lors de mon accouchement. Quand le bébé est né, j’ai senti que c’était pour cela, que je faisais cela naturellement, pour la grandeur du moment, pour les hormones. Plus tard, quand je suis revenue dans la « réalité ordinaire », j’étais tellement heureuse, fière de moi et bien, tant physiquement (j’avais le périnée intact, je pouvais m’assoir en indien ou marcher normalement) que mentalement (je me sentais juste bien de ne pas être une femme ayant subi un acte médical, la nature est tellement grande et tout a tellement bien été).



Fait intéressant # 3 : Bien que très répandue, idéalisée telle une panacée, la péridurale n’a rien d’anodin : elle présente des effets secondaires potentiels à long terme pour la femme et, lors de l'accouchement, entraine souvent une spirale d’interventions. (Hélène Vadeboncoeur www.avac-info.org)
Il y a beaucoup de préparation, intellectuelle et spirituelle, pour accoucher par soi-même, mais j’aimerais sincèrement que toutes les femmes qui lisent ce texte, prennent en main leur corps, leur sexualité, et donnent naissance par elles-mêmes, car c’est merveilleux.



Pour mon amie S. et celles qui accoucheront bientôt…

Chère amie,
Je pense beaucoup à toi. J’aimerais te dire qu’accoucher est un énorme travail. Les contractions, c’est intense. Vraiment intense, parfois. Chaque contraction est différente. Les endorphines s’ajustent. Abandonne-toi. Crois en toi. Trouve l’ourse polaire en toi. Imagine-toi dans ta caverne. Tu sauras.
Ton amie,
Cynthia xx



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3 commentaires:

  1. Tu as vécu un moment merveilleux, j'en suis certaine, et tu es devenue une sorte de petite merveille humaine. Si J'avais été plus aventureuse et avais fait un autre bébé après ma fille que j'ai eue à 45 ans à la maison avec une sage-femme, j'aurais essayé d'accoucher tout seule comme toi, pour voir comment ce serait.
    Je t'admire alors et te souhaite une belle vie dans la continuité du temps qui passe.

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  2. Merci Clairette. Chaque naissance est unique et transformatrice. Je suis sûre qu'auprès des sage-femmes, tu as trouvé ton propre chemin. Merci et bonne route!

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  3. Sandrine Laviolette-Lemoigne13 novembre 2017 à 07 h 01

    Je suis remplie d'émotions à la lecture de ton témoignage... MERCI de le partager si simplement, si humblement, si généreusement !

    Tout d'abord, j'ai toujours autant de plaisir de te lire même si tu ne me connais pas. Moi, j'ai eu la chance de faire connaissance avec toi il y a près de 3 ans maintenant, grâce à ton livre que ma fille a adoré. Je l'avais acheté pendant ma 2e grossesse et nous l'avons tous énormément apprécié, lu et relu... car elle souhaitait assister à mon accouchement et je voulais qu'elle se familiarise à ce qui se passerait.

    La lecture de ton témoignage d'accouchement m'inspire particulièrement pour la naissance d'un (hypothétique) troisième bébé sachant que mes 2 premiers sont déjà nés à la maison; le 1er en présence d'une sage-femme et le 2e seule avec mon mari, la sage-femme étant arrivée trop tard. Même si cette seconde naissance je l'ai "gérée" seule sans jamais pensé au soulagement d'une anesthésie quelconque, je n'ai pas connu le calme et la sérénité que tu évoques, tout as été trop, non très intense et surtout très rapide... La confiance que tu as eu en toi et en ton bébé pendant cet acte merveilleux qu'est le don de la vie m'inspire pour une autre naissance qui sera plus apaisée car plus en conscience de ce que je suis capable de faire seule par moi-même.
    MERCI pour tout cela et prends bien soin de toi, de ton bébé et de l'ensemble de ta famille.
    MERCI,
    Sandrine

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