dimanche 18 février 2018

Chère Anaanasiaq (3e lettre)

Nos rénovations: un premier étage a été construit alors que mini n'avait que quelques semaines.

Chère Anaanasiaq,

Tu te souviens des brunchs chez mononcle Robert? Il y avait toujours de la quiche et maman préparait de la salade. Tu te souviens des assiettes débordantes et des enfants qui descendaient écouter Éliott le Dragon ou faire semblant d’être ailleurs avec le pseudobar des sous-sols québécois des années 1980. Tu te souviens, Anaanasiaq, je crois que tu tricotais une paire de tes fameuses pantoufles en phentex? On en avait tous une paire aux pieds et on patinait au salon, avec ces pantoufles pleines d’amour.

Ce matin, Anaanasiaq, j’ai pensé à toi, et à vous tous, parce que j’ai organisé un brunch à la bonne franquette dans notre habitacle, à Iqaluit. Un repas un peu comme quand j’étais petite, avec les enfants qui courent au sous-sol ou bricolent des salades dans leurs chambres.  Et j’y ai cru, que le temps s’arrêtait, pendant que mini-3mois circulait de bras en bras, que le café chaud coulait à flots et que les discussions étaient aussi succulentes que le repas

Je t’ai raconté la naissance de bébé-éclipse? Tu te souviens, il y a deux semaines, c’était la pleine lune et l’éclipse lunaire? Ce matin-là, mon amie m’a envoyé un message texte: elle était à l’hôpital, en harmonie avec chacune de ses contractions qu’elle accueillait une après l’autre, bien à la verticale, pour permettre à bébé-éclipse de descendre doucement dans son tunnel, tout en tournant comme une ballerine. J’ai enfilé mini-3mois sur mon dos, et j’ai offert mon temps, un petit peu d’amour, et c’était vraiment un moment précieux. C’est tout un privilège d’accompagner une femme dans le vortex de son enfantement!

Puis, je t’ai raconté le décès d’un grand-père étoile du Nord? Sans que personne ne s’y attende, il s’est éteint, un peu comme une étoile qui nait, sans que personne ne comprenne pourquoi, n’y ne s’y prépare. C’est un deuil, un passage. Un évènement qui nous ramène à la fragilité de la Vie. Je me suis arrêtée… sans savoir comment supporter dans de tel moment, mes proches. Je leur ai offert mes sympathies, puis mes condoléances, puis offert un repas, puis… j’aimerais tellement faire plus, tellement les prendre dans mes bras, tellement leur dire que je les aime, tellement voler les rejoindre… je me sens si loin, parfois, à Iqaluit.

Chère anaanasiaq, je sais que ta santé n’est pas toujours au beau fixe, mais un jour à la fois, la vie continue et brille. Je pense à toi, assis devant mon écran, les pieds au chaud dans mes pantoufles en phentex. Je t’aime.

Cynthia du Nord
xx


P.S. J’aimerais t’écrire plus souvent, mais j’écris beaucoup ces temps-ci, pour mes travaux de mon baccalauréat que j’aurai complété au prochain solstice (après neuf ans de cours à distance!) et sur le blogue de ma chère amie Karine la sagefemme.

Pour lire la 1ère lette à Anaanasiaq, ma grand-mère : ICI
La 2e lettre: ICI

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