vendredi 1 juin 2018

Rêver à la fin du paradigme phallocrate des naissances




Premier juin. C’est la fin de l’hiver, ici, au pays des siksiks et renards arctiques.

Pas question de fantasmer à la verdure du Sud ou au soleil étouffant de Montréal, je reste au Nord, les pieds enfoncés dans la gadoue mi-neige, mi-humus de juin.

Je reste au Nord, juste pour le bonheur d’assister à la renaissance de la toundra. Je veux la voir fleurir, humer la neige s’évaporer, revêtir mon bonnet et mon amauti et sentir les rayons ultraviolets pénétrer ma peau.

Au milieu de nulle part, sans arbres ni gazon, je veux trouver ma pierre, m’y assoir et manger une patate graisseuse du Nanook Express, l’air marin dans la nuque.


Je veux entendre les enfants du Nord jouer dans les rues poussiéreuses à deux pas de mes quatre murs jusqu’à trop tard, parce que, la noirceur a déserté notre ville.

La noirceur s’est envolée en Antarctique, j’imagine, et, en échange, nous a offert un coucher de soleil infini, où l’on se demande continuellement, de minuit à trois heures du matin, si l’astre est en train de se coucher, de se lever ou, peut-être juste, comme dans tous les pays non touchés par le stress occidental, de s’en ficher, du temps.

Je veux m’assoir sur mon canapé anachronique et allaiter mon bébé en fredonnant Au clair de la lune et Qaumaqutigaq. Je veux repenser à mon accouchement libre qui me hante, le revisiter une ixième fois et sourire dans mon fort. Un doux accouchement, loin du paradigme phallocrate qui examine à coup de gants stériles les vulves et vagins des femmes, pour y mettre des chiffres sans réel sens pour celle qui est bien loin du visible dans la spirale de son enfantement.

Je rêve au nouveau paradigme des naissances, où les humaines accouchent dans leur propre chambre à coucher, de manière sexuelle et intime. Où les accouchements sont libres, ou bien accompagnés par des Karine-la-sagefemme, dans la conscience que la femme sait accoucher, que les bébés savent naitre (1).

Je rêve de liberté. Sur la mer gelée, à pas feutré, un pas à la fois. Et j’ai besoin de toi, espaces vierges du Nunavut, pour rêver.






(1) Voit le Nouveau paradigme des naissances de www.karinelasagefemme.com 

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